De nombreux sites à gravures rupestres ont été reconnus au Burkina. On les rencontre à l’ouest mais surtout au nord du pays. Les sites les plus célèbres sont ceux de Arbinda et de Pobé Mengao signalés par Jean Rouch depuis les années 1960.
La découverte d’un site d’importance à Markoye en 1997 est à l’origine d’un programme conjoint entre l’Université de Ouagadougou (Laboratoire d’Archéologie) et celle de Toulouse le Mirail (UTHA). L’équipe française était sous la direction du professeur Michel Barbaza.
Objectifs
L’art préhistorique avait été jusque-là peu étudié malgré quelques travaux sur les gravures de Arbinda, Pobé et Dokéti et les peintures de Kawara et Yobri. Les circonstances de la découverte des sites de Markoye donnaient l’opportunité d’une étude systématique de ces vestiges. En effet, avec sa grande expérience des grottes à art préhistorique des Pyrénées, le professeur Michel Barbaza était suffisamment outillé pour entreprendre l’étude même si, ici, les sites sont en plein air.
Il s’agissait alors d’en faire l’inventaire à travers une prospection des différents affleurements rocheux autour de Markoye. Mais au-delà des gravures, il convenait de recenser tous les autres témoins permettant d’appréhender les activités humaines passées dans cette région. Cela supposait donc une prospection systématique afin d’établir une carte archéologique la plus exhaustive possible de Markoye et ses environs.
Ces travaux doivent aboutir à une bonne caractérisation des gravures de la région de markoye, les autres composantes du système technique et économiques des auteurs des gravures et des autres groupes qui ont occupé la zone et enfin replacer tout cela dans le contexte des gravures et de l’art préhistorique dans son ensemble au Burkina.
Ce programme a préconisé une approche pluridisciplinaire. Des spécialistes de l’art préhistorique, des préhistoriens, des métallurgistes, un infographiste et un géomorphologue.
La prospection dans les principaux massifs rocheux autour de Markoye apermis ainsi d’identifier un nombre important de sites à gravures sur certains types de roche, des sites d’habitats, des ateliers de débitages, des ateliers de réduction du fer des tumulus.
La prospection a concerné la zone de Zigbéri, Darkye, celle de Kuna et de Ntongom au bord du Béli. La prospection a ainsi concerné un espace se situant entre 25 et 75 km autour de la ville de Markoye.
Les gravures se rencontrent sur les principaux massifs rocheux situés à l’est de Markoye. Au nord, la limite se retrouve au lieu dit Sorbaia et au sud à Fondignongo près de Tondo Banda.
Des représentations végétales et animalières caractérisent la zone nord. Les animaux représentés sont des tortues et des lézards. Quelques figures géométriques, en l’occurrence des spirales complètent ces représentations.
Zone nord : Sorbaia (photo : L. Koté)La zone sud est caractérisée par de représentations géométriques, de la faune sauvage et des chevaux et cavaliers. Les figures géométriques sont surtout des cercles dont l’intérieur est compartimenté par des trais ou des « croix ».
Parmi la faune sauvage, on reconnaît surtout des antilopes et des outardes.
Béribéra : outardes et antilopes (photo M.B.)Les techniques sont le bouchardage et le piquetage. Certaines figures sont plus patinées que d’autres.
Les gravures de Markoye sont identiques à celles de Pobé Mengao et Arbinda par la technique et les thèmes du cheval, cavalier et de la faune sauvage (antilope, outarde).
On retrouve ces éléments à Kourki au Niger, à environ une cinquantaine de km à l’est. Markoye se distingue de ces trois sites par l’abondance et la diversité des représentations géométriques.
Stèle : cercles (photo M.B.)Ces gravures constituent un complexe nord sahélien couvrant le nord du Burkina, la région de Kourki au Niger et celle de Hombori au Mali où prédomine le thème du cheval et du cavalier.
De nombreux sites d’habitat ont été découverts entre les massifs rocheux et sur les dunes. Ils sont plus ou moins bien conservés, mais l’effet de l’érosion est très important car certains sites n’ont plus les vestiges qu’en surface. C’est le cas des sites anciens dont les vestiges renvoient au néolithiques comme Fondignongo où les vestiges se retrouvent en contact direct avec la dune fossile de couleur rouge ocre.
Les sites d’habitat les mieux conservés sont ceux de la période métallurgique. A titre indicatif il s’agit des sites de Tondo Banda, Tondo Loko, Zigérie où des fouilles et sondages indiquent des couches archéologiques pouvant atteindre 3 m d’épaisseur. Les vestiges sur ces sites aussi bien en surface qu’en stratigraphie comprennent surtout de la céramique, des éléments de parure, et quelques objets en fer.
L’industrie lithique est représentative de plusieurs périodes. Des objets isolés en surface renvoient au Paléolithique moyen. C’est le cas du biface de Sassabango.
L’industrie sur quartz et le débitage lamellaire évoquent de nombreux sites de la zone ouest africaine qui appartiendraient au LSA.
Haches polies in situ (photo : L. Koté)Des haches polies sont découvertes en surface parfois en association avec la céramique et les microlithes. Elles constituent les prémices d’un processus de néolithisation.
Les nombreux indices concernant cette période surtout d’ordre technologiques se retrouvent en surface. Ainsi, les sites néolithiques ont fortement été perturbés par les différents agents post-dépositionnels mais plus particulièrement l’érosion.
Celui de Zonkom est plus petit et ne comporte qu’une vingtaine de postes de taille. La roche utilisée sur ces ateliers est une sorte de gabbro à grain fin. La percussion directe au percuteur dur est la technique utilisée dans ces deux ateliers.
Haches polies in situ (2) (photo : L. Koté)De nombreuses pièces, à différents stades d’élaboration indiquent que l’objectif des tailleurs est la préformes de haches sur éclats transversaux et que la finition (polissage...) devait se faire ailleurs, par exemple sur les sites d’habitats.
L’industrie lithique se retrouve également sous forme de matériel de broyage (meules, molettes) que l’on retrouve aussi bien fouille qu’en surface.
Atelier de débitage de Zonkom (photo : L. Koté)La métallurgie est fortement représentée par de nombreux vestiges. Il s’agit d’objets finis retrouvés en fouille et en surface.
Des témoins de réduction se retrouvent sur certains site d’habitat : Tondo Banda, Tondo Loko, Barrage. Enfin on trouve des ateliers de réduction du fer, surtout entre le barrage de Kuna et le Béli au nord de Markoye.
Ntongom : atelier de réduction de fer (photo : L. Koté)Ces ateliers se présentent sous la forme de batterie de bases de fourneaux. De forme circulaire le diamètre varie entre 80 et 120 cm, la hauteur conservée peut atteindre pour certains 50 cm. De nombreux indices indiquent qu’il s’agit de fourneaux à induction directe.
Certaines pierres de construction de ces tumulus sont gravées à Sorbaia et Todo banda. Les tumulus similaires décrits au Niger renvoient à des sépultures.
Kuna Béli : fourneau en cours de fouille (photo : L. Koté)Mais les fouilles des tumulus de Sorbaia et Tondo Banda ne permettent pas de tirer de telles conclusions à Markoye.
Par ailleurs à Tondo Banda, on note l’existence de plusieurs niveaux d’occupations en dessous de la structure empirée des tumulus.
Tumulus de Sorbaia (photo : L. Koté)De nombreux échantillons de charbon et d’ossement provenant des différents sondages de sites d’habitat de tumulus et de bases de fourneau permettent de situer une occupation de la région entre septième et le treizième siècle après J.C.
Cela est valable pour la période métallurgique. Il va s’en dire que les l’industrie lithique et une partie de la céramique qui l’accompagne sont beaucoup plus anciennes.
Il reste à en préciser les contours tout comme les relations que l’on peut établir entre les gravures et le autres types de vestiges.
A court terme, il s’agit de faire la synthèse des résultats obtenus depuis 1997, début de ce programme. Cette synthèse devrait faire l’objet d’une publication d’ici la mi 2006.
A moyen terme il s’agira de systématiser l’étude de la métallurgie à partir des différents types de vestiges y relatifs. A cela il faudra ajouter une étude plus détaillée des gravures.
Le programme devrait à l’automne 2005. Enfin les gravures constituent une vraie attraction pour les nombreux touristes qui visitent le sahel. Aussi les sites et les vestiges devront bientôt être intégrés à certains circuits touristiques.