Imprimer (Pour retrouver ce document : www.histoire-afrique.org)

Onomastique, numérologie et croyances religieuses des anciens akan.

ALLOU, Kouamé René
(département d’histoire, université Cocody-Abidjan)


Résumé

L’étude des prénoms basés sur le jour de naissance que les Akan donnent à leurs enfants permet d’aborder leur croyance en un Dieu unique et de saisir la nature de l’ordre qu’ils donnent aux jours de la semaine, un ordre conçu comme cyclique et allant du jeudi, premier jour au mercredi, septième jour.

Ces prénoms de jours de naissance, appelés aussi noms d’âmes, expriment des principes universels que sont la naissance, la préservation de la vie par l’alimentation, l’achèvement ou la perfection, la pondération ou la sagesse, la maturité ou le vieillissement et enfin la mort.

Enfin, l’ordre de naissance des enfants rend compte de la connaissance « numérologique » développée par les Akan.

Introduction

Les prénoms de jours de naissance des personnes de sexe masculin chez les Akan sont des noms du Dieu unique créateur de toutes choses.

Les prénoms de jours de naissance des personnes de sexe féminin sont des noms de la terre. Ces prénoms de jours de naissance ou noms d’âmes font apparaître de grands principes dans les croyances des anciens akan.

Il s’agit des principes universels de la naissance, de la préservation de la vie par l’alimentation, de l’achèvement ou de la perfection, de la pondération ou de la sagesse, de la maturité ou du vieillissement et de la mort.

Cet article s’attachera à prouver la véracité de ces assertions qui permettent ainsi de connaître un aspect caché des croyances passées des Akan. Il montrera aussi que l’ordre de naissance des enfants et les prénoms qui s’y rattachent, dévoilent une véritable science « numérologique » que possèdent les anciens akan et qui implique des attitudes spirituelles ou religieuses spécifiques de leur part [1].

Dans une première partie, nous étudierons les croyances des anciens akan à travers les prénoms de jours de naissance des personnes. Ensuite, nous montrerons de quelle manière, à travers l’étude de l’ordre de naissance des enfants, on peut affirmer que les anciens Akan détenaient une connaissance « numérologique ».


I- Prénoms de jours de naissance et croyances anciennes des Akan

En observant de près les noms que les Akan donnent au Dieu unique créateur, on s’aperçoit que ceux-ci servent de prénoms à des personnes de sexe masculin selon leur jour de naissance.

C’est ainsi que les Nzema appellent Dieu, Nyamenle Kwame/Kouame [2].

Or, Kouame est le prénom de naissance des personnes de sexe masculin nées un samedi.

Les Anyi appellent Dieu, Alouko/Adouko Nyamian Kadjo/Kwadjo/Kouadjo [3].

Or, Kadjo est le prénom de naissance des personnes de sexe masculin nées un lundi.

Les Adanse de Bodwesango appellent Dieu, Tcheduapon Kofi [4].

Or, Kofi est le prénom des personnes de sexe masculin nées un vendredi.

C’est dire que les prénoms de jours de naissance qui sont aussi des noms d’âme des personnes, sont en réalité des noms de Dieu.


Voici une série de tableaux montrant les prénoms de jours de naissance chez les locuteurs du Twi (Asante, Fante, etc.), chez les Wawolé(Baoulé), les Anyi et les Nzema.

Prénoms des personnes selon les jours de naissance chez les locuteurs du Twi [5] :

jour de la semainepersonnes de sexe masculinpersonne de sexe féminin
dimanche / KwasidaKwasiAkwasiwa / Akosua
lundi / EdwoadaKwadwoAdwowa
mardi / EbenadaKwabenaAbena
mercredi / WukudaKwakuEkua
jeudi / YawdaKwawoYawa /Ya
vendredi / EfidaKofiEfua / Efia
samedi / MemenedaKwameAma

Prénoms des personnes selon les jours de naissance chez les Wawolé :

jours de la semainepersonnes de sexe masculinpersonnes de sexe féminin
dimanche / MoninKouahinAmouin
lundi / KissiéKouassiAkissi
mardi / DjolèKouadjoAdjoua
mercredi / ManlanKonanAmelan / Amlan
jeudi / WouhéKouakouAhou
vendredi / YaYaoAya
samedi/ FouéKofiAfoué

Prénoms des personnes selon les jours de naissance chez les Anyi :

jours de la semainepersonnes de sexe masculinpersonnes de sexe féminin
dimanche / MolèKassiAkassi
lundi / KissiéKadjoAdjo
mardi / DjolèKablanAbalan
mercredi / ManlanKakouAkouba
jeudi / OuhouéKouahoYaba
vendredi / YaKofiAfiba
samedi / FouéKouameAma

Prénoms des personnes selon les jours de naissance chez les Nzema :

jours de la semainepersonnes de sexe masculinpersonnes de sexe féminin
dimanche / MolèKouassiAkassi
lundi / KenlenzileKodjoAdjo
mardi / DjokèKabelanAbelema
mercredi / ManlenKouakouAkouba
jeudi / KouléKouawoAdjoba
vendredi / YalèKofiAfiba
samedi / FolèKouameAma


On constate que, chez les Anyi et Nzema, il y a un décalage entre le prénom du jour de naissance et le nom du jour.

Il n’y a pas correspondance entre les deux comme on le constate chez les Wawolé. On constate que le mot qui désigne lundi chez les Anyi et les Nzema kissié/kenlenzilé correspond au dimanche chez les locuteurs du Twi, kwasiada. Le mot qui désigne mardi chez les premiers, à savoir djolè/djokè désigne lundi chez les seconds.

Lundi chez les locuteurs du Twi est edwoada. Le mot qui désigne mercredi manlan/manle chez les locuteurs du Tano (anyi, nzema, wawolé, etc.), désigne mardi chez les locuteurs du Twi, à savoir ebenada. Le mot qui désigne jeudi chez les premiers ouhoué/koulé désigne mercredi wukuda chez les seconds. Le mot qui désigne vendredi chez les Anyi et les Nzema ya/yalè correspond au jeudi yawda chez les locuteurs du Twi. Le mot qui désigne samedi chez les Anyi et les Nzema foué/folè correspond au vendredi efiada chez les locuteurs du Twi.

Tous les peuples akan croient en un Dieu unique.

Anyi, Wawolé et Nzema l’appellent respectivement Nyamian/Nyamien/Nyamenle. Les locuteurs du Twi l’appellent Nyame/Nyakonpon/Tcheduapon/Odomankoman.

Il y a une panoplie d’expressions ou d’autres noms qui caractérisent l’être suprême. Les prénoms de jours de naissance des personnes de sexe féminin, sont des noms de la terre une entité cosmique très importante pour les Akan.

L’esprit de la terre est appelé yaba/ya. Or ce prénom est celui des personnes de sexe féminin nées jeudi. En réalité, le jour consacré à la terre est vendredi bien que yawda correspond au jeudi. Et c’est à juste titre que certains Fante appellent l’esprit de la terre asase efua. Efua étant le prénom des personnes de sexe féminin nées vendredi.

Chez les Wawolé, la précision est nette parce que le prénom Aya est celui qui nomme les personnes de sexe féminin nées vendredi. Chez les Abouré, la terre, principe féminin, est appelée adjoba [6]. Or ce nom est le prénom de naissance des personnes de sexe féminin nées jeudi.

Il est évident que tous les prénoms de jours de naissance des personnes de sexe féminin sont des noms de l’esprit de la terre, perçu comme un être vivant et un principe féminin par tous les Akan.

Les Nzema l’appellent plus précisément èmo azèlè yaba, autrement dit mère terre yaba. Les Wawolé l’appellent assiè aya, les Anyi assiè yaba, les Asante asase ya, les Fante asase efua. Parfois les Wawolé appellent Dieu Asase Nyamien [7] comme pour dire que la terre et le ciel associés forment la divinité.

Que signifie le nom Nyame ? Nya veut dire en anyi, nzema, wawolé et twi : « avoir, disposer de ». Me est le terme qui est la racine des mots womean (« respiration ») et èhome (« esprit ou âme d’un défunt »). Nyame veut donc dire « celui qui dispose du souffle ».

Nyakonpon comprend les termes nya (« avoir »), kon (« un/unique ») et pon (« grand, immense »). Nyakonpon signifie donc l’unique grand dispensateur.

Odomankoman exprime l’attribut créateur de Nyame. Mais étymologiquement dans le nom Odomankoman, on distingue les mots odo (« aimer »), man (« monde, univers »), akoman (« cœur ») autrement dit : « le cœur qui aime l’univers ». Nous voyons là des perceptions que les Akan ont de Nyame.

Cela semble bien proche de certaines conceptions des religions prophétiques mais nous pensons qu’il faut écarter toute idée d’emprunt. Les Tchaman (Ebrié) appellent Dieu Nyakan, c’est-à-dire « le dispensateur de l’âme ». Les Avikam, Abè et Odjoukrou l’appellent respectivement Efozou, Ofo et Fonyaba [8], c’est-à-dire « celui qui est en haut, l’être des hauteurs ».

Les Abouré appellent Dieu Bedi Nyamien autrement dit « lion Dieu ». Le fait de trouver la racine du mot nya dans les termes qui nomment l’arc-en-ciel (nyakonton/nyagondon) et l’eau de pluie (nyakonsu/nyagonzue) prouve que, pour les Akan, le domaine de Dieu est le ciel, les hauteurs.

Les Mekyibo (Eotilé) appellent Dieu Etchira, c’est-à-dire « le principe de bénédiction ».

Nyame chez les locuteurs du Twi est perçu aussi comme la grande intelligence d’où son nom Ananse Kokuroko [9].


Le jour pendant lequel s’exprime la grande intelligence est mercredi car le nom de l’araignée, symbole de l’intelligence, chez les Akan est Kakou/Kouakou Ananze/Ananse. Or, Kakou/Kouakou est le prénom de naissance des personnes de sexe masculin nées mercredi.

Une croyance akan dit qu’Odomankoman a créé le jour confié au ciel -principe masculin, et la nuit confiée à la terre -principe féminin [10].

Les Anyi pour signifier que Dieu porte en lui les deux principes masculin et féminin le nomme Aflalui Nyamian Nda [11].

Nda est le prénom qui est donné aux jumeaux. Eva Meyerowitz soutient l’idée que chez les Akan la triade divine se perçoit à travers les noms Nyame -la source divine, Nyakonpon -l’énergie divine et Odomankoman -la conscience divine [12].

Cependant, il faut noter que les Akan se servent indistinctement de chacun de ces termes pour nommer Dieu. Eva Meyerowitz a tenté une explication de la conception religieuse profonde des Akan, mais ses travaux ont été l’objet de vives critiques.

Or, il faut comprendre que le domaine religieux est, par essence, celui des choses spirituelles qui font intervenir des aspects que la pensée cartésienne, l’intellect ne perçoit pas toujours.

J. B. Danquah, affirme que pour les Akan Nyakonpon, l’être suprême, a pour pôle le reflet du soleil dont le symbole est le cercle (puruo). Le cercle avec un point au centre (Kanko), symbolise l’esprit éternel de Nyakonpon dont l’esprit du soleil et l’âme (Kra) sont des expressions [13].

Certes, les Akan voient le soleil comme l’astre de la vie, mais son nom (ewia/wia) est nettement distinct de celui du créateur.

Comme le domaine par excellence de Nyame est le ciel, les Akan en faisant des libations, lèvent l’offrande, mais c’est sur terre, le réceptacle, que la boisson est versée. Que les Akan aient pu, comme l’affirme Eva Meyerowitz, percevoir Nyame (Dieu) comme un être portant une âme éternelle (kra) de genre féminin et un esprit éternel (sunsum) de genre masculin [14], est une idée qu’il ne faut pas rejeter car, comme nous l’avons relevé, les Anyi appellent le créateur Aflalui Nyamian Nda pour signifier qu’il porte en lui à la fois le principe masculin et le principe féminin, c’est-à-dire « l’être Dieu jumelé ».

Or, pour les Akan, les jumeaux sont une seule et même personne.

L’aspect féminin de Nyame - à savoir son kra (âme) - présenterait une face à la ressemblance de la pleine lune, alors que son aspect masculin, son sunsum (esprit), présenterait une face à la ressemblance du soleil [15]. Il faut comprendre qu’il s’agit d’analogie, car le nom de Dieu, Nyame, est différent de ceux de la lune (sara/sala/busumi) et du soleil (ewia/wia).

Le nom qui exprime l’attribut de créateur suprême à Nyame en twi, anyi, nzema et wawolé sont respectivement Odomankoman, Aloa, Aloa Moliè et Anagaman Alulua.

Quand on se livre à une interprétation étymologique des prénoms de jours de naissance ou noms d’âmes (kra duman/kra dini) des personnes de sexe masculin, l’on se rend compte qu’il commence par le préfixe kwa/koua qui exprime l’idée de force guerrière. Ce préfixe disparaît dans les prénoms de jours de naissance des personnes de sexe féminin [16].

Kwasi/Kouassi signifie « guerrier achevé » ou « accosté ». Kwadwo/Kouadjo signifie « guerrier refroidi », donc « calme ». Kwabena/Kablan signifie « guerrier mûr », « parvenu à maturité ». Kwawo/Kouaho signifie « guerrier qui naît ». Kofi signifie « guerrier qui pousse », donc « qui grandit ». Kwame/Kouame signifie « guerrier qui avale » et enfin Kwaku/Kouakou signifie « guerrier qui tue ».

En allant plus loin dans l’interprétation, on peut dire que Kwawo/Kouaho, « guerrier qui naît », correspond au jeudi et fait de ce jour le premier jour de la semaine chez les Akan. Kofi, « guerrier qui grandit », correspond au vendredi le deuxième jour de la semaine. Kwame/Kouame, « guerrier qui avale », correspond au troisième jour, jour par excellence de Nyame (Dieu), d’où le nom Nyamenle Kwame/Tcheduapon Kwame donné au créateur.

Kwasi/Kouassi, « guerrier achevé », arrivé à son terme correspond au dimanche, le quatrième jour. Kwadwo/Kouadjo, « guerrier refroidi, calme », correspond au lundi, cinquième jour. Kwabena/Kablan, « guerrier parvenu à maturité », marque le sixième jour et correspond au mardi. Enfin, Kwaku/ Kouakou, « guerrier qui tue », correspond au mercredi, le septième jour.

Puis à nouveau, on revient au premier jour jeudi, auquel est lié le prénom Kwawo/Kouaho, « guerrier qui naît ». Ainsi, la boucle se ferme car, les Akan percevaient le temps de façon cyclique.

De ce qui précède, on voit qu’aux prénoms de jours de naissance ou noms d’âmes, sont liés des principes crées par Nyame(Dieu).

Kwawo/Kouaho exprime le principe de la naissance, Kofi le principe de la croissance, Kwame/Kouame le principe de l’alimentation, donc de la préservation de la vie, Kwasi/Kouassi exprime le principe de la perfection, de l’aboutissement, de l’achèvement.

Kwadwo/Kouadjo exprime le principe de la pondération et la sagesse, Kwabena/Kablan le principe de la maturité, du vieillissement, de la marque du temps, Kwaku/Kouakou le principe de la mort. Puis à nouveau, l’on retourne au principe de la naissance Kwawo/Kouaho.

On voit clairement apparaître sept grands principes universels dans les croyances des anciens akan.

On peut affirmer aussi que les Akan ont une pensée religieuse fondamentalement monothéiste, bien qu’ils croient aussi que chaque créature à l’image du Créateur possède comme lui une âme (kra) et un esprit (sunsum).

L’ordre de naissance des enfants et les attitudes spirituelles qu’il provoque chez les anciens akan témoigne de la science « numérologique » qu’ils détenaient. La deuxième partie de notre plan s’attachera à le prouver.


II- Ordre de naissance des enfants et science « numérologique » des anciens Akan

Les Akan ont des attitudes spirituelles particulières selon l’ordre de naissance des enfants. Les Akan croient que certains enfants, selon leur ordre de naissance, ont une âme dangereuse.

D’autres en revanche ont une âme bienfaisante par rapport à leur ordre de naissance. Le huitième enfant dans l’ordre de naissance et les jumeaux sont très honorés.

Un culte appelé Nyagon/Nyagonle/Nyame Dua/Nyamien Baka leur est consacré. Chez les Anyi Djuablen, ce culte célébré deux ou trois fois l’an est appelé Nyamien du nom même de Dieu. Il a lieu samedi jour par excellence de Nyamien [17]. Nyame Dua/Nyamien Baka veut dire « arbre de Dieu » et Nyagon/ Nyagonle signifie « marque de Dieu ».

Le huitième et le neuvième enfant dans l’ordre de naissance ainsi que les jumeaux sont appelés Nyagon ma/Nyagonle malè ; c’est-à-dire les enfants qui portent la marque de Dieu. Ils sont vus comme des enfants ayant une âme pure. Le huitième enfant dans l’ordre de naissance est appelé Nyamekè/Nyamekyè, c’est-à-dire, « don de Dieu ».

Le nombre huit ferme la boucle du cycle de la semaine akan, à savoir l’Ampene/Amgbene/Amgbe.

Le neuvième enfant reçoit pour prénom Nyagonlan/Nyonhan/Nkruma et est vu comme un enfant de Dieu [18]. Chez les Nzema, les jumeaux Nda/Atta/Ndalè de même sexe sont désignés par le terme Ndalè Entelema et, ceux de sexe différent, par celui de Ndalè Takyimanta [19].

Le rituel appelé Benua étymologiquement signifie « éteindre, adoucir » et vise à consacrer l’âme des jumeaux qui sont vus comme une seule et même personne. Les trois types d’enfants que sont les jumeaux, huitième et neuvième enfants dans l’ordre de naissance, voient leurs âmes consacrées par un sanctuaire placé au milieu de la cour et qui n’est autre que le Nyagon/Nyagonle/Nyame Dua/Nyamien Baka dont nous avons parlé.

Le troisième enfant de même sexe que ses deux aînés, quand il est de sexe masculin, est appelé Miezan/Mensa/Amessan. Quand il est de sexe féminin, il est appelé Manzan/Mansan. Le troisième enfant qui entre dans ce cadre est considéré comme ayant une âme bienveillante.

En revanche, l’enfant né en troisième position et qui n’est pas de même sexe que les deux premiers est appelé Kyendô. Ce type d’enfant a une âme que les anciens akan croient dangereuse. On accomplit à son endroit le rituel Enlualè (« éteindre ») pour apaiser son âme [20]. Chez les Wawolé, un tel enfant dans les temps passés était purement et simplement éliminé.

Le cinquième enfant dans l’ordre de naissance Anlunli/Anlu est également considéré comme ayant une âme vindicative et mauvaise et il sera procédé au même rituel Enlualè d’apaisement de son âme.

Le sixième enfant Azane/Essane/Essan/Nyamessan et le septième enfant Assouan/Anzouan sont vus comme ayant chacun une bonne âme.

Il en est de même pour l’enfant puîné des jumeaux. Il se nomme Aliman/Animan/Amani.

L’ordre de naissance chez les anciens akan comme on le voit, cache une véritable « numérologie ».

Trois, six, sept et surtout huit et neuf sont des nombres que les Akan considèrent comme porteurs de grâces, de bénédictions.

Les enfants nés selon l’ordre de ces nombres sont considérés comme ayant chacun une bonne âme. Dans le cas du troisième enfant, il doit être de même sexe que ses deux aînés, comme si en la matière les anciens akan tenaient absolument à la symétrie des formes.

Le premier enfant et le deuxième enfant sont des enfants ordinaires.

Le dixième enfant Brou/Badu n’est pas perçu de la même façon dans le monde akan. Les Nzema [21], les Anyi Sanvi et les Borbor Fante le voient comme ayant une âme dangereuse. Les Borbor Fante font un rituel appelé Atormuadze afin de calmer son âme mauvaise pour en faire un enfant ayant une âme ordinaire [22]. Le même rituel est exécuté pour calmer l’âme de l’enfant qualifié d’Amou/Amu, c’est-à-dire celui né d’une mère qui n’a pas eu trois menstrues successives avant de tomber enceinte [23].

Une fois encore l’importance du nombre trois.

Les anciens nzema éliminent le dixième enfant et l’Amu [24]. Par contre, chez les Abouré, le dixième enfant dans l’ordre de naissance est fêté, célébré car il marque le couronnement d’une maternité féconde. Lui et sa mère sont richement parés et promenés dans la cité.

Le dernier enfant à recevoir un nom particulier dans l’ordre de naissance chez les Akan est le onzième enfant. Il se nomme Edounkou/Edunku/Loukou. C’est lui que les Nzema célèbrent comme couronnement d’une riche maternité. Ils l’appellent « le vrai ou le bon dixième enfant », Haalè boulou kpalè.


Conclusion

L’onomastique des prénoms de jours de naissance ou noms d’âmes sont révélateurs des anciennes croyances profondes des Akan, des principes universels dans lesquels ils croient, de la façon dont ils perçoivent le Créateur et les forces cosmiques comme la terre.

Ils croient en un Dieu unique Nyame/Nyamian/Nyamien/Nyamenle.

La terre Assiè/Asase est un principe cosmique féminin fondamental dont les personnes de sexe féminin portent les noms d’âme en fonction de leur jour de naissance.

Les personnes de sexe masculin portent des noms d’âmes qui correspondent aux noms d’attributs de Dieu lui-même.

Cependant, pour les anciens Akan, Dieu porte en lui le principe masculin par son esprit éternel et le principe féminin par son âme éternelle.

D’où le principe de la dualité qui s’exprime entre autre par le roi Blemgbunli/Famian Ohene et la reine-mère Ohema/Blemgbi Bla, le siège rectangulaire Sèsèbia/Sèsèdua et le siège arrondi Pouloue/Puruo.

L’ordre de naissance des enfants chez les anciens Akan laisse transparaître une véritable « numérologie » spirituelle.

Ainsi, des enfants, compte tenu de leur ordre de naissance, sont vus comme ayant une âme, soit mauvaise, soit bienveillante. Ainsi, le huitième enfant et le neuvième enfant sont même qualifiés respectivement de « don de Dieu » et d’« enfant de Dieu ».



[1] La numérologie est un néologisme qui traduit une connaissance mystique des nombres et de leurs valeurs spirituelles.

[2] Entretien avec dame Niamké Saboué Elisabeth. Abidjan, quartier de Koumassi le 26/10/1998.

[3] Entretien avec M. Bilé Tchi, instituteur à la retraite à Adiaké. Adiaké le 23/10/1998.

[4] K.Y. Daaku, Oral traditions of Adanse, Institute of African Studies(IAS). University of Ghana Legon, Accra,décember 1969, p. 165.

[5] T. E. Bowdich, Mission from Cape Coast castle to Ashantee, Frank Cass and co LTD, third edition 1966, p.187

[6] Ehivet Simone, Etude du langage tambouriné chez les Abouré. Aspects socioculturels, thèse de doctorat 3e cycle, lettres modernes, université de Dakar, faculté des lettres et sciences humaines, tome I, 1983, p.66.

[7] Nyamien désigne Dieu, mais aussi le ciel et la voûte céleste.

[8] Fo exprime l’idée de monter.

[9] Ananse Kokuroko veut littéralement dire « l’araignée immense ». Or, l’araignée est symbole d’intelligence chez les Akan. Voir à ce propos William Bosman, A new and accurate description of the coast of Guinea, Frank Cass and Co LTD, 1967, p531.

[10] Georges Niangoran-Bouah, L’univers akan des poids à peser l’or, Les Nouvelles Editions Africaines.MLB, Abidjan, 1984, tome II, p.35.

[11] Ibidem, tome I, p. 174.

[12] Eva Meyerowitz, The sacred state of the Akan, Faber and Faber, London, 1951, p. 222.

[13] J.B. Danquah, « The culture of Akan », Africa, vol. XXII, no 4, oct. 1952, pp. 360-366.

[14] Eva Meyerowitz, « Concepts of the soul among the akan of Gold Coast », Africa, vol. XXI, no 1, janv. 1951, 2e ed. 1963, pp.24-31.

[15] Ibidem

[16] Voir notre article, Allou Kouamé René, « Origine et interprétation du nom akan », in La dernière traite, Fragment d’histoire en hommage à Serge Daget, Société d’histoire d’outre-mer, 1994, pp75-86.

[17] Fernand Lafargue, « Contribution à l’étude de la religion traditionnelle des Agni Diabre d’Agnibilékro. Côte d’Ivoire » in Colloque inter-universitaire Ghana-Côte d’Ivoire. Université de Ghana Legon, université d’Abidjan 1974 pp520-528.

[18] Entretien avec dame Niamké Saboué Elisabeth, Abidjan le 26 octobre 1998.

[19] Ibidem

[20] Entretien avec dame Niamké Saboué Elisabeth, Abidjan le 26 octobre 1998.

[21] F. K. Anza Eboyi Benlea maanmela. Bureau of Ghana laguages, Accra, 1979,p.13.

[22] Ibidem, p. 20.

[23] Ibidem, p. 20.

[24] Ibidem, p. 14-17.



Imprimer (Pour retrouver ce document : www.histoire-afrique.org)