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L’empire Songhoy

DIALLO Boubacar Séga
(professeur d’histoire FLASH- Université de Bamako)


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II. Les dynasties Songhay

Trois dynasties ont marqué l’histoire du Songhoy : la dynastie des Za ou Dia qui réussira à affranchir le pays de la domination manding ; la deuxième, celle des Si ou Soni va jeter les fondements de l’empire et étendre le pays. La dernière, celle des Askia va conduire le Songhoy à son apogée. Elle va connaître l’invasion marocaine de 1591 mais règnera jusqu’en 1660 au moins.

A - La dynastie des Za ou Dia

Cette dynastie réussit à s’affirmer dès la fin du 7ème siècle en écartant celle des Kanta Sorko. Elle va transférer vers le début du 11ème siècle la capitale de Koukya à Gao, terminus de l’ancienne route des chars qui partait de la côte lybique et arrivait sur le fleuve Niger [6] Très tôt cette zone va rentrer en contact avec le monde arabo-musulman. C’est ainsi que les Ibadites installés à Tahert en Algérie avaient demandé à commercer avec Gao [7].

Le premier souverain de la dynastie des Za ou Dia qui embrassa l’islam fut Zakosoï vers 1009. C’est lui qui aurait transféré la capitale de Koukya à Gao, ville déjà commerçante, bien installée dans les relations transsahariennes, et où vivait une population musulmane étrangère. C’est sous le règne de Za Assibaï que le Songhoy passa sous l’autorité du Mali.

Au 14ème siècle surtout sous Kanku Musa, le Songhoy devint la plaque tournante du commerce transsaharien et une région très prospère. La décadence de l’empire du Mali, va permettre au Songhoy de s’émanciper. Profitant des troubles de l’empire, les deux fils de Assibaï Ali Kolen et Souleyman Nari vont s’enfuir de la cour impériale du Mali et regagner Gao [8]. Ali Kolen déposa Zabada et pris le titre de Soni ou Si, la dynastie changea de nom.

Mais la situation politique était trouble. Les Moosé et les Kel Tamasheq menaçaient dangereusement. Un souverain fort Soni Ali va prendre les reines du pouvoir.

B - La dynastie des Si

Venue du sud du Dendi, Soni Ali Ber le Si, le Dali, accéda au pouvoir en 1464. Il va libérer Gao du joug des Kel Tamasheq et organiser l’Etat Songhoy, il régna de 1464 à 1492. Pendant tout son règne il guerroya pour agrandir l’empire et mater les révoltes. De 1464 à 1492, il aurait mené près de 15 campagnes du Dendi à l’est jusqu’à Walata et le pays dogon à l’Ouest [9].

En 28 ans de règne il plaça sous l’autorité du Songhoy une grande partie de l’ouest africain, grâce à une armée solidement organisée, composée de presque toutes les ethnies et à une flottille de guerre sur le Niger, il imposa la stabilité. La période 1464 - 1583 est appelée siècle des Songhay par les historiens [10].

Mais Soni Ali qui était un tiède musulman lié à la religion traditionnelle et pour lequel la raison d’Etat comme nous le dirions aujourd’hui passait avant tout fut décrié par les Ulémas. Les Ulémas, jurisconsultes qui depuis Kanku Musa menaient une vie agréable et frondeuse et voulant jouer un rôle politique, durent reconnaître l’autorité d’un homme qui les écoutait à peine. Mahamoud Kati, l’auteur de Tarikh El Fettach l’appelle le débauché, le tyran, l’oppresseur [11].

Dans tous les cas, le règne de Soni Ali, qui mourut peut-être noyé dans le Koni de retour d’une expédition dans le Moose en 1492 [12], fut l’un des plus brillants du Songhoy. Il laissait un Etat bien structuré avec des frontières septentrionales sécurisées et un pays bien intégré dans le circuit commercial ouest africain et transsaharien. Ces successeurs auront très peu de conquêtes à faire. Ils se borneront, sauf Askia Mohamed et Askia Daoud, à sauvegarder l’œuvre du très haut : le Dali.


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[6] Adam B. KONARE, Panorama historique du Mali, notre librairie n° 84, 85, 1984, p.17

[7] J. M. Cuoq : Histoire de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest des origines à la fin du 16ème siècle, 1984, Op cit, p133

[8] Les princes des royaumes vassaux comme au Wagadu vivaient à la cour impériale, pour empêcher leurs parents de se révolter. Suleymane Nari et Ali Kolen vivaient donc dans ce cadre à la cour du Mali où Ali Kolen était chef d’expédition.

[9] J. M. Cuoq : Histoire de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest des origines à la fin du 16ème siècle, 1984, Op cit, p.149

[10] Z. Dramani Issoufi : Les Songhay, dimension historique, catalogue des vallée du Niger, 1993, Op.cit., p.154

[11] Mamadou SARR : Le Songhoy, Etudes Maliennes spécial Janvier 1973 Page 66. Né d’une mère magicienne, élevé dans la tradition africaine, grand maître des « torou » ou « Kortokoïni », Soni qui pratiquait aussi l’islam karéjite, heurtait les pieux musulmans qui se croyaient au dessus de tout, prétendaient avoir un droit de regard sur la gestion de l’Etat.

[12] Les circonstances de sa mort sont mal éclaircies. Certains soupçonnent Askia Mohamed de l’avoir éliminé. Certains traditionnistes disent qu’il serait enterré en pays dogon.


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Dernière mise à jour du site : 28 septembre 2007
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