

L’espace lignager
Société essentiellement égalitaire, les Bassè accordent une grande importance aux segments primaires de leur organisation sociale, à savoir les lignages. C’est ainsi qu’ils vivent regroupés en quartier sur une base lignagère. Les quartiers sont bien délimités et séparés les uns des autres, sauf à Bassè-Adjido, où des problèmes imprévus ont perturbé l’organisation initiale de l’habitat [18].
L’un des éléments fondamentaux du lignage est la défense des intérêts du groupe. Il s’agit, au plan économique, de s’assurer le plus grand espace de forêt possible. Dès le départ, la compétition est ouverte entre tous les membres de la communauté. Mais les individus, abattant la forêt et mettant en place des plantations de palmiers à huile, le font non seulement pour eux, mais surtout pour le compte du lignage auquel ils appartiennent. Il n’y a pas eu de distribution organisée de l’espace cultivable en pays Bassè, sans doute pour éviter des conflits inutiles.
La force du poignet et la solidarité de groupe doivent à elles seules déterminer la part revenant à chaque formation sociale. C’est pour cela que les possessions foncières sont disséminées au gré de leurs acquisitions, dans un désordre apparent. Ce faisant cependant, la compétition est ouverte entre les lignages. Cette lutte ne prend jamais la forme d’un conflit violent. Ou du moins pas encore, car les problèmes de démographie sont encore dans les limites du maîtrisable.
Le véritable enjeu est celui de l’espace vital pour le groupe. Le pouvoir politique ne semble pas faire l’objet de tiraillements et de compétition, car la société est foncièrement segmentaire [19]. Ainsi, exercer le droit d’exploitation sur un espace important de terre confère un certain poids dans la société ; cependant, il n’y a pas de véritables « riches » à Bassè.
[18] Adjido avait été fondé dans un bas-fonds, à côté du ruisseau Kpatévi. Le sol y est argileux et, lors des crues, les maisons deviennent inhabitables. Les gens se déplaçaient alors pour s’installer plus loin sur les hauteurs, mais ils ne le faisaient pas en groupes organisés. Au fil des déplacements, la population a fini par quitte le site initial du village pour se regrouper un peu plus loin, mais la cohérence des quartiers est perdue.
[19] Malgré l’existence d’une chefferie qui les coiffe aujourd’hui. Nous avons vu plus haut que le principe de cette chefferie n’est pas caractéristique des structures fondamentales du pouvoir bassè, mais qu’il a été imposé par le colonisateur.