

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Lomé approche de l’étape de ses 50 ans d’existence comme capitale. Les missions chrétiennes, dont la présence à Lomé a dépassé le demi-siècle, poursuivent le processus qui va confirmer ou leur conférer le statut d’Eglise, c’est-à-dire d’institutions jouissant désormais d’une certaine autonomie.
Le contexte socio-culturel et politique de la période d’une quinzaine d’années qui va retenir notre attention dans cette troisième et dernière partie se caractérise par une évolution dont l’aboutissement sera l’accession du Togo à la souveraineté internationale. Lomé, capitale politique, va, bien entendu être complètement impliquée dans toutes les péripéties de cette évolution.
Les missions, devenues Eglises à part entière, [6] d’une certaine manière, partie prenante du processus. Les communautés chrétiennes prennent de l’ampleur : entre 1945 et 1962, protestants et catholiques loméens approcheront les cent mille unités. De nouvelles églises sont édifiées ; les institutions scolaires se renforcent. De nombreuses Eglises chrétiennes participent à l’évolution politique dont Lomé est le théâtre.
Les années 1950 vont donc enregistrer le développement des communautés et la naissance de nouvelles paroisses. La deuxième paroisse protestante vraiment organisée verra la jour en 1952, sous le nom d’Amoutivé -Lom-Nava ; la troisième sera la grande paroisse du quartier de Nyékonakpoè, créée en 1954. les nouvelles paroisses catholiques de cette période seront au nombre de 4, dotées d’églises dont la construction est achevée ou largement entamée : il s’agit des paroisses Immaculée Conception, créée en mai 1954, Saint-Antoine-de-Padoue, créée en octobre 1958 ; Marie-Reine, installée dans le quartier de Bè en décembre 1960 ; enfin des Sts-Martyrs-de-l’Ouganda, érigée à Tokoin, près du CHU de Lomé, et qui utilise pour le culte la chapelle du séminaire Saint-Pierre-Claver, qui avait, lui ouvert ses portes en octobre 1957.
Les institutions scolaires, quant à elles, franchissent une étape de leur évolution avec la création de collèges d’enseignement secondaire. Les premiers élèves ont été admis en 1947 au Collège protestant, installé provisoirement dans la veille école de la rue Foch (le collège actuel, à Tokoin, a été ouvert en 1955).
L’Eglise catholique a créé en cette période deux collèges, un pour les jeunes gens, un pour les jeunes filles. La première pierre du bâtiment principal du collège Saint-Joseph a été posée en septembre 1948 (le bâtiment du collège provisoire avait été un bâtiment de la rue Foch, aujourd’hui rasé) ; le collège actuel a été inauguré en octobre 1950. L’institution Notre-Dame-des-Apôtres, destinée aux filles, sera quant à elle, inaugurée en mars 1953. Au mois de novembre de la même année, commencera la construction d’un centre culturel, le Foyer Pie-XII, qui devait abriter une bibliothèque, une salle de lecture, une salle de cinéma et plusieurs petites salles de réunion.
La vie culturelle revêt en soi une certaine importance, mais ce n’est pas le seul secteur d’activité où les Eglises sont présentes. Des personnalités issues des Eglises vont aussi, durant cette période, être présentes, un certain temps, dans la vie politique à Lomé. C’est ainsi que le fils du pasteur Andreas Aku, le Dr Martin Aku (1913-1970), sera élu premier député togolais à l’Assemblée nationale française. Le RP Aloys Riegert, alors directeur de l’enseignement catholique, sera élu en 1946, à l’Assemblée représentative du Togo, où il présidera la commission sociale, responsable de la question scolaire. Dans l’effervescence sociale de la période, les maîtres de l’enseignement libre (catholiques et protestants) formèrent un syndicat, sous la présidence de l’instituteur Albert David (décédé en 1961) et s’affilièrent à la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens).
Les églises chrétiennes sont manifestement présentes dans tous les compartiments de la vie sociale à Lomé. Ce développement et ce cheminement vers les premières étapes de la maturité vont être sanctionnées, pour ce qui est de l’Eglise catholique, par la nomination, en mars 1962, du premier archevêque togolais, en la personne de Mgr Robert Dosseh-Anyron. Alors que pour, l’Eglise évangélique la période de la mission s’était pratiquement achevée en 1922, avec l’accession aux responsabilités du pasteur Aku, suivi du pasteur Quist en 1931, puis du pasteur Baeta, pour l’Eglise catholique, l’ère de la mission ne s’était achevée qu’en 1955. Avec la nomination de Mgr Dosseh, en 1962, s’est ouverte une nouvelle période d’insertion dans la vie de Lomé, qui se déroule maintenant depuis près de quatre décennies. Elle aussi mérite étude et évaluation, et j’espère que l’occasion de les réaliser ne va pas tarder à se présenter.
[6] Le 14 septembre 1955, le vicariat apostolique de Lomé devient archidiocèse, et Mgr Strebler (un grand bâtisseur lui aussi) son premier archevêque.
BIBLIOGRAPHIE
AGBOBLY-ATAYI B., 1980 : L’Enseignement français au Sud-Togo dans l’entre-deux- guerres : Scolarisation et perspectives socio-politique (1914-1939). Thèse de doctorat de IIIè cycle d’histoire, Paris, pp. 338-340.
DEBRUNNER H., 1965 : A church between colonial powers : A study of the church in Togo. Londres.
MARGUERAT Y. PELEI T., 1992 : Si Lomé m’était contée,Tome1. Lomé, Presses de l’UB.
MÜLLET K., : Geschichte des Katholischen Kirche in Togo, Steyler Verlagsbuchhand-lung Kaldenkirchen. Traduit de l’allemand et adapté par G. Athanasiadès, 1968 : Histoire de l’Eglise catholique au Togo. Lomé, Editions Librairie Bon Pasteur.