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Période coloniale

L’évolution socio-culturelle de la ville de Lomé

AGBOBLI-ATAYI Bertin
(Département d’Histoire UB - Lomé)


In : Gayibor N., Marguerat Y. & Nyassogbo K. (ss. dir. de), 1998 : Le centenaire de Lomé, capitale du Togo (1897-1997), Actes du colloque de Lomé (3-6 mars 1997), Collection « Patrimoines » n°7, Lomé, Presses de l’UB, pp. 439-447.

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II-CROISSANCE DE LOME ET CONSOLIDATION DES ASSISSES DES EGLISES CHRETIENNES (1917-1945)

L’emplacement des missionnaires allemands fut organisé aussi rapidement que possible. Les missions catholiques firent venir de la Gold Coast voisine deux pères parlant l’allemand (ce sont des Alsaciens) et trois religieuses.

Pour l’Eglise évangélique, la supervision du travail missionnaire fut confiée au pasteur Bürgi, suisse, donc d’un pays neutre, mais qui devra partir pour raison de santé en 1921. Après la décision de confier à la France le mandat sur le Togo, les deux confessions feront appel à des missionnaires français. Dès septembre 1921, est désigné comme responsable de la mission catholique du Togo le Père Jean-Marie Cessou, de la Société des Missions Africaines de Lyon. En août 1928, le pasteur Charles Maître, de la Société des Missions Evangéliques de Paris, viendra donner un coup de main à l’Eglise évangélique (Marguerat et Péleï, 1992 : 173).

A l’entrée en vigueur officielle, en juillet 1922, du mandat de la SDN, les deux confessions pouvaient recenser à Lomé plusieurs milliers de fidèles ; un certain nombre d’entre eux étaient sortis des écoles missionnaires et évoluaient dans les divers secteurs de la vie urbaine de Lomé. Des bâtiments et édifices matérialisaient l’action missionnaire. Enfin de nombreux futurs responsables togolais étudiaient dans les structures de formation des Eglises ou venaient d’achever leur formation.

Examinons d’abord le cas de l’institution scolaire missionnaire : c’est écoles vont connaître une situation critique liée au fait de l’institution de l’enseignement officiel français, en septembre 1922. Les atouts (nombreux) dont disposait le nouveau système scolaire joueront au détriment de l’enseignement confessionnel. Cependant, dans ces 18 années de l’entre-deux-guerres, ces écoles maintiendront une certaine présence. Cette période sera caractérisée d’autre part, par le long gouvernorat d’Auguste Bonnecarrère (janvier 1922 - décembre 1931), qui avait créé en février 1922 un conseil de notables indigènes devant être consultés sur des sujets d’ordre général. Il est à remarquer que deux des premières pasteurs protestants Robert Baeta (1883-1944) et Andreas Aku (1863-1931), constamment réélus par la population de Lomé, ont été parmi les principaux animateurs du conseil des notables de Lomé, où le pasteur Baeta surtout se signale par la vigueur de ses interventions dans la défense des intérêts de la population de Lomé, et en particulier des petites gens (Marguerat et Péleï, 1992 : 181-182).

C’est là une caractéristique de l’activité missionnaire que il faut relever à l’actif de l’Eglise évangélique : la formation assez rapide, en un demis-siècle, de suffisamment de cadres pour affronter l’indépendance à la fin de la Première Guerre et, dans la décennie suivante, tenir un rôle remarqué dans les instances de concertation de la ville de Lomé. Mais cette fin des années 1920 et, plus généralement, cette période de l’entre-deux-deux guerres est aussi l’époque où, dans la communauté catholique le Lomé, se produit un événement décisif : pour la première fois, un chrétien togolais [5] devient ministre du culte, à l’instar des missionnaires européens. Il s’agit du Père Henri Kwakumé (1892-1960), dont l’ordination, le 22 septembre 1928 se déroula avec une dense participation de la population de Lomé, chrétienne ou non (Müller, 1968 : 128). Jusqu’en 1845, trois autres ordinations auront lieu à Lomé (ou tout près, à Aného) : André Anaté (1899- ) et Georges Kpodar (1901-1944) en 1931 ; Gérard Fini (1900-1972) à Lomé, en 1934. Beaucoup plus loin de Lomé, Jean Gbikpi (1913-1994) est ordonné à Rome en décembre 1942.

Le nombre des chrétiens augmentait à Lomé, année après année (les statistiques donnent le chiffre de 600 000 en 1935, pour tout le Togo). La nécessité se fit sentir de construire de nouvelles paroisses et de nouvelles églises.

Responsables des missions catholiques depuis 1921, Mgr Jean-Marie Cessou a entamé depuis 1928 des démarches pour concrétiser le projet de création de nouvelles paroisses à Lomé ; les travaux de construction de la deuxième église catholique démarrent en août 1933 sur un terrain acheté déjà par les missionnaires allemands sur la route d’Amoutivé ; la nouvelle église sera ouverte au culte en juin 1934 et solennellement inaugurée en décembre 1934 (Müller, 1968 : 123-124).

Les événements qui rythmaient la vie des deux confessions chrétiennes faisant l’objet de reportages et d’analyses publiés dans les deux organes de presse créés par les missionnaires : Mia Holo (‘’Notre ami’’) pour les catholiques, Nutifafa na mi (‘’la Paix soit avec vous’’) pour les protestants. La vie culturelle et politique de Lomé s’est enrichie à partir de 1932 de la parution de trois journaux en langue française rédigés par des Togolais : l’Eveil du Togo, en 1932, le Cri du Togo, le Guide du Togo en 1934. ce dernier périodique abritera dans ses colonnes, en 1935 et 1936, une intéressante discussion entre évolués sur des faits de l’histoire du Togo dont l’énoncé et l’interprétation étaient sujet à controverse. Le point de départ de la polémique a été constitué par une série de six articles publiés en français dans le journal par le prêtre catholique Henri Kwakumé. Dans ces articles il livrait des ‘’Notes sur les peuples de race éwé’’, qu’il avait déjà publiées en éwé dans le périodique ‘’Mia Holo’’ en 1933 et 1934 ; dans le guide du Togo, les ‘’notes avaient fait l’objet d’une chronique régulière dans les n°5 et 17 à 22/23, d’octobre 1935 à mars-avril 1936 (Agbobly-Atayi 1980 : 338-340). Retenons de cet épisode que pasteurs et prêtres togolais, par le fait qu’ils avaient pu accomplir des études post-primaires d’une certaine durée, pouvaient exercer une influence intellectuelle et participer valablement à un débat d’idées, reflet de la vie culturelle, telle qu’elle s’exprimait dans le journaux de la capitale.

Ainsi donc, pendant cette période de l’entre-deux-guerres, la présence et l’action des missions chrétiennes continuent à s’affirmer dans l’espace urbain et social de Lomé, par leurs hommes, responsables d’Eglise, au caractère bien trempé et d’une grande clairvoyance, qu’il s’agisse d’un missionnaire catholique de grande classe comme Mgr Cessou, d’un prêtre catholique tel que Henri Kwakumé ou des pasteurs protestants Aku et Baeta, et aussi par de nombreux Togolais plus modestes, sortis des écoles primaires, de l’Ecole professionnelle Saint-Joseph ou des cours complémentaires et qui s’insèrent progressivement dans la vie de la cité, contribuant à son évolution dans les divers secteurs de son existence.

Les six années de la Seconde Guerre mondiale constituent une nouvelle parenthèse, même si, contrairement à la Première, elle n’a plus pour conséquence le départ des missionnaires. La fin de la guerre ouvrira cependant un nouveau chapitre dans l’évolution conjointe de la ville de Lomé et des missions chrétiennes.


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[5] Le RP Dogli, ordonné à Cape Coast en juillet 1922, venait de Gold Coast.


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Dernière mise à jour du site : 28 septembre 2007
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