

La société Ajatado est une société essentiellement gérontocratique et patriarcale à résidence virilocale. Cela signifie en d’autres termes que l’autorité de gestion sociale est en général exercée par les membres masculins les plus âgés du groupe et que les femmes, à leur mariage, sont obligées de quitter la résidence de leurs parents pour aller s’installer dans la concession de leur mari.
a) Au niveau de la communauté villageoise, le droit de décision se concentre en premier lieu entre les mains des Vieux qui s’organisent en conseil des Anciens ou des Sages. C’est que les Anciens sont considérés comme les éléments déterminants de l’ordre social stratifié comme suit : au sommet on trouve les Vieux évoluant dans la mouvance des Ancêtres morts dont ils continuent l’œuvre sur terre. A travers leurs nombreuses et riches expériences de vie, ils sont censés plus aptes et plus aguerris pour diriger les affaires de la communauté dans l’ordre et conformément à la tradition de cohérence sociale léguée par les Ancêtres.
A la base se trouvent les Jeunes : ils animent la vie communautaire et se tiennent à la disposition de leurs aînés, attendant leur tour pour accéder également à ce statut privilégié d’investis de pouvoir. Entre ces deux extrêmes se glisse la masse indistincte des autres membres. Ceux qui parmi eux jouent les rôles sociaux les plus marqués sont sans conteste les pères, les tantes patrilatérales et les oncles matrilatéraux.
b) Au niveau de la famille restreinte, ce système de gestion se traduit aussi par l’institutionalisation de l’autorité du père sur le fils, de l’aîné sur le cadet et de l’homme sur la femme :
« Le système éducatif réfléchit naturellement cette conception idéale d’une famille fortement structurée sur l’autorité masculine, jouissant du soutien des sœurs de l’ancien, où tous les autres hommes collaborent dans l’ordre et la soumission, et les femmes s’adonnent à l’œuvre féconde de culture des champs et de procréation des enfants. » (Pazzi 1980 : 258).
C’est ici que l’on rencontre la vénérable figure du PERE qui se présente sous deux formes : le père géniteur et le père social.
Le père géniteur est appelé to ou aussi daa-mejito pour les Fon. C’est lui qui dirige le foyer, pourvoyant aux besoins économiques de sa ou ses femmes et des enfants par la mise à leur disposition, entre autres, de terrains de culture. Ce rôle fait de son rapport avec ses épouses et avec ses fils un rapport de dominant à dominés.
En effet, à l’époque d’avant l’introduction de l’économie de marché, l’épouse (en plus de sa maternité à travers laquelle elle assurait la pérennité de la lignée parentale de son mari) ainsi que ses enfants et les neveux, étaient sous la dépendance totale du père de famille. Ils constituaient particulièrement pour lui une main-d’œuvre pour les travaux champêtres et domestiques, en contrepartie de quoi ils étaient assistés dans leurs différents besoins :
« Cette dépendance des jeunes générations se vérifie aussi bien que les membres de celles-ci fussent ou non mariés. L’homme célibataire était, en effet, entièrement à la charge de son père qui l’entretenait, lui choisissait une épouse et supportait seul la constitution de la dot. » (Mignot 1985 : 131)