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Période coloniale

Sociologie politique d’une capitale coloniale

VON TROTHA Trutz
(Université de Siegen (RFA))


In : Gayibor N., Marguerat Y. & Nyassogbo K. (ss. dir. de), 1998 : Le centenaire de Lomé, capitale du Togo (1897-1997), Actes du colloque de Lomé (3-6 mars 1997), Collection « Patrimoines » n°7, Lomé, Presses de l’UB, pp. 79-94.

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I - LOME, VILLE AFRICAINE NON AUTOCHTONE

Dans sa "Brève histoire de la capitale du Togo", Yves Marguerat (1992 : 3) accorde au développement de Lomé une place à part parmi les capitales d’Afrique Noire. Cette thèse de la situation particulière de Lomé est-elle justifiée ? Elle mériterait d’être l’objet d’une thèse étude comparée approfondie. Plus importante cependant me paraît la conception que développe Marguerat d’une ville, Lomé en l’occurrence, qu’il appelle la "ville africaine non-autochtone".

Il attire par là l’attention sur le fait que Lomé n’est ni une "ville coloniale", résultat d’un déroulement au cours duquel une administration coloniale toute-puissante réalise ses idées et ses plans, ni une "ville traditionnelle" qui se serait peu à peu développée à partir d’un centre de villages de type africain et dans laquelle les racines villageoises seraient encore inscrites dans les structures et les processus urbains.

D’accord avec les récentes études de Peter Sebald (1996) sur le développement de la propriété foncière au Togo, les recherches de Marguerat esquissent, elles, un tableau du développement de Lomé ainsi caractérisé. Lomé fut fondée en tant que comptoir commercial de marchands africains, lors de la restructuration du commerce transatlantique qui vit les échanges de matières premières africaine (principalement les produits des palmiers à huile) et de produits manufacturés européens bon marché remplacer le trafic des esclaves. Ce développement se trouva renforcé par la politique douanière britannique en Gold Coast, à l’ouest du Togo, laquelle contraignit les marchands européens et africains à se tourner vers l’est.

Les villes d’Aneho et de Porto-Séguro furent parmi les plus importants bénéficiaires de ce développement, suivies bientôt de Lomé. A partir de 1880, des commerçants africain ouvrirent des comptoirs le long et entre les deux voies de communication qui menaient de la côte vers le nord et faisaient déjà partie du réseau commercial africain. Les firmes européennes elles-mêmes se virent ainsi contraintes de tenir comte des nouvelles possibilités économiques qu’offrait ce centre commercial en plein essor, et acquièrent des terrains à Lomé à partir de 1882.

Ce furent donc des marchands africains puis, peu à peu, le réseau plus ou moins concurrentiel du commerce africain et européen, qui furent à l’origine de Lomé.

Cette petite scène du "réseau concurrentiel euro-outremer", ainsi que j’appelle l’enchevêtrement politique des relations à l’époque de la conquête coloniale, comportait une nouveauté non négligeable, ainsi que l’a fort bien démontré Peter Sebald (1996). Bien que, sous diverses modifications, les formes et discours juridiques traditionnels fussent conservés, le petit comptoir commercial de Lomé développa un marché foncier sur lequel, de fait, et grâce aux marchands africains, les idées européennes de propriété du sol, d’achat et de vente de terrains s’établirent et furent appliquées dans de nombreux contrats.

Ce marché fut, d’un côté, l’un des piliers à l’origine des grosses fortunes foncières de la classe marchande africaine dominante (citons parmi les plus connus les noms d’Anthony, Bruce, Oklu ou Olympio). Il constitua par ailleurs la bases qui fit des commerçants africains d’importants partenaires du développement de Lomé. L’administration allemande n’avait pas seulement affaire aux chefs de tribus et à leurs revendications contradictoires ; elle devait aussi tenir compte, dans ses plans de développement de la ville, des jeunes hommes d’affaires africains qui avaient précédé leurs concurrents européens et avaient fait d’eux les locataires de propriétaire africains.

C’était en particulier le cas pour l’installation du réseau de communication, les projets de construction et la politique d’acquisition de vastes "terrains gouvernementaux" à laquelle la contraignaient les conditions de propriété foncière à Lomé.

Il lui fallait, sinon, se résigner à affronter les conflits qui naquirent en effet au cours des nombreuses transactions auxquelles donna lieu l’achat des terrains gouvernementaux et qui furent à la source de bien des tensions entre l’administration d’un côté et les chefs de tribus et les marchands de l’autre. De nombreuses requêtes et pétitions de la part des personnes lésées, et qui réclamaient des dédommagements, en sont la preuve.


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Dernière mise à jour du site : 28 septembre 2007
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