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Période coloniale

Lomé, une capitale frontière

ADUAYOM Messan Adimado
(Département d’histoire Université du Bénin- Lomé, Togo)


In : Gayibor N., Marguerat Y. & Nyassogbo K. (ss. dir. de), 1998 : Le centenaire de Lomé, capitale du Togo (1897-1997), Actes du colloque de Lomé (3-6 mars 1997), Collection « Patrimoines » n°7, Lomé, Presses de l’UB, pp. 289-302.

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Avant le dernier quart du XIXè siècle, la bande de terre de l’ancienne ‘’Côte des Esclaves’’ que les Européens appelaient ‘’Bey Beach’’ retenait à peine l’attention des milieux d’affaires. Mais, deux décennies plus tard, cette bande -de son vrai nom Lomé devint la capitale de la colonie allemande du Togo.

Rarement ville d’Afrique aura été autant marquée du sceau de singularités, remarquablement dégagées par Yves Marguerat : absence de ségrégation entre les quartiers, autrement dit cohabitation entre riches et pauvres ; absence relative de spéculation foncière. Lomé n’est pas une ville coloniale, elle n’est pas une ville traditionnelle aux liens spirituels profonds entre la terre et les hommes (Marguerat 1993).

La position de capitale-frontière de la ville de Lomé n’est pas la moindre de ces particularités. Les incidences socio-économiques et politiques de cette situation sont autrement plus importantes qu’on ne l’imagine : la livre sterling était largement en circulation dans la colonie allemande comme au Togo sous mandat français ; l’anglais était la langue commerciale au Togo sous administration allemande ; à l’apogée française, de nombreux petits Loméens traversaient chaque matin la frontière pour aller fréquenter les établissements scolaires de la zone anglaise ; la presse de la colonie britannique était lue avec beaucoup d’intérêt par les lettrés de Lomé ; le phénomène ‘’nana benz’’ à Lomé, la typologie et les réactions de la bourgeoisie loméenne, l’émergence d’une première génération d’élites souvent polyglottes, les particularités de la réaction des Togolais face à la colonisation, tout cela ne se comprend pas si l’on ne prend pas suffisamment en compte les relations d’intime promiscuité que la capitale du Togo a toujours entretenues avec la Gold Coast (l’actuel Ghana).

Une évaluation des multiples facettes des effets du statut particulier de la ville de Lomé comme capitale-frontière est donc d’un réel intérêt historique.

I- LOME, DU NO MAN’S LAND A LA ‘’FILLE DU COMMERCE’’

A l’arrivée des premiers Européens sur la ‘’Côte des Esclaves’’, rien ne prédestinait Lomé, le ‘’Bey Beach’’ des Anglais, à devenir une capitale. Pour le RP Borghero, en 1963, le site de l’actuelle ville de Lomé était une plage ‘’infestée de brigands’’ et Yves Marguerat (1993b :18) a raison de souligner que ‘’jusqu’au troisième quart du XIXè siècle, la partie du littoral où s’élève aujourd’hui Lomé était la zone la moins active et la plus hostile de la côte...’’.

Pour Hugo Zöller (1885), Lomé est le nom d’un village voisin disparu depuis longtemps ; ce village, à l’emplacement du futur ‘’zongo’’ des Haoussas, aurait été fondé, selon le RP Henry Kwakume, par un chasseur du nom de Dzitri, ayant fait partie de la troisième vague de l’exode de Notse. Klose (1992 : 29) affirme (à tort) qu’à l’époque de Nachtiga, en 1884, Lomé n’était qu’un ‘’misérable village de pêcheurs, composé de quelques cases’’. En fait, ce village était depuis quelques années déjà un lieu intéressant les différents milieux d’affaires représentés sur la côte ; comme le montreront les lignes qui vont suivre, Lomé est un pur produit de la colonisation, quand bien même elle n’est pas une ‘’ville coloniale’’.

Selon l’heureuse formule de Jacques Pirenne reprise par Yves Marguerat, Lomé est fille du commerce. En effet avant de tomber sous influence allemande, Lomé était devenue une place convoitée en raison des conflits d’intérêt opposant les Européen de différentes nationalités opérant dans la région.

En effet, à la suite de la naissance de la colonie britannique de la Gold Coast, les activités commerciales s’intensifient au-delà de sa frontière orientale. Denu, qui devint une importante place commerciale, est annexée à la novelle colonie britannique en raison du manque à gagner en taxes douanières. Le trafic commercial se déplace de nouveau un peu plus à l’est, c’est-à-dire vers Lomé, en 1880. ‘’Y affluèrent rapidement des commerçants de toute la côte, d’Accra à Lagos, ainsi que, de plus en plus, de nouvelles firmes allemandes’’ (Zöller : 6).


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Dernière mise à jour du site : 28 septembre 2007
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