

A Lomé même, l’Administration n’a jamais réussi à imposer un statut de type villageois à la ville, afin d’avoir un chef responsable vis-à-vis d’elle. Ce n’était pas faute d’avoir essayé. Déjà, le 8 mai 1896, le douanier et Amtmann Robert Gerlach avait proposé au gouverneur Koehler d’‘‘installer le chef [James] Kudahu comme chef traditionnel pour Lomé... Kudahu est l’un des premiers immigrants établis dans cette localité. Il est resté fidèle aux vieilles coutumes du pays et, en plus, il ne parle pas un mot d’anglais’’ [22]. Ceci se passe de tout commentaire, et révèle l’image que l’on se faisait alors du chef traditionnel idéal : un homme arriéré et ignorant. Dans un premier temps Koehler soutint cette idée.
Zébé, le 21 mai 1896. Nous avons décidé ce jour, lors d’une palabre à laquelle les chefs Garber, Lawson et Aitey [Ayité Ajavon] ont pris part, ce qui suit. Les communautés de Togo[ville] et de Bè sont invitées par les chefs Popo à choisir en mon nom un candidat au poste de chef traditionnel pour Lomé et à me le présenter [23].
Mais finalement Koehler prit une autre décision.
Lomé, le 27 juillet 1996. note. Il a été notifié à la délégation qui a comparu devant moi et qui envisageait de faire installer Kodaku comme chef traditionnel ici, au siège de la circonscription que cela ne pourrait pas être pris en considération [24].
De toute évidence, les difficultés liées à l’installation d’un chef ‘’traditionnel’’ étaient trop grandes.
De 1905 à 1912, les administrateurs allemands se sont efforcés vainement de trouver une forme de chef pour la ville de Lomé. En 1905, le Bezirksamtmann Kurt Prange eut ainsi l’intention de nommer pour chaque groupe social de la ville un ‘’ancien’’, assisté de son ‘’suppléant’’. Il proposa de nommer comme ‘’anciens’’ :
Octoviano Olympio pour les originaires du Dahomey et de Lagos (suppléant Domingo Freitas) ;
Théophile Tamakloé pour les originaires de Gold Coast (suppléant : Jonas Quist) ;
Lawson pour les originaires de Petit-Popo (suppléant : Vincente d’Almeida) ;
Albert Mensah pour les originaires Porto-Séguro (suppléant : Felicio de Souza).
Ont comparu : 1° Anthony, 2° Octaviano Olympio, 3° Lawson, 4° Domingo Freitas,, 5° Franz Mensah, 6° Andreas Aku. Décret à ranger provisoirement dans les actes relatifs à la gestion autonome par les indigènes’’ [25]
Mais l’administration renonça encore une fois à ce projet. Son application pratique rencontrait probablement trop de difficultés.
Le 9 décembre 1912, le Bezirksamtmann Calusnitzer fut plus explicite :
A la circonscription administrative d’Aného. Objet : Institution d’un chef traditionnel à Lomé.
La circonscription envisage de nommer un chef pour la ville de Lomé. Dans cet ordre d’idées, nous souhaiterions savoir dans quelle mesure, on a délégué aux chefs d’Aného des compétences juridiques en matière de droit civil et de droit pénal. Les chefs sont-ils tenus de suivre une procédure bien définie ? Doivent-ils tenir à jour des listes sur les peines infligées ? Les amendes imposées sont-elles recouvrées par la Circonscription ou bien par les chefs eux-mêmes ? Dans ce denier cas, les amendes sont-elles reversées immédiatement à la circonscription ou bien le sont-elles à intervalles réguliers ? Je me permets de vous adresser d’avance mes vifs remerciements pour les renseignements demandés. Je vous serais bien obligé également pour toutes les autres informations touchant à ce sujet susceptible de m’intéresser’’ [26].
[22] ANT, FA 1/467. p. 269-271.
[23] Ibid., P. 269.
[24] Ibid., p. 270.
[25] ANT - FA 3/149, p. 20.
[26] ANT-FA 3/149, p.71.