

De toute évidence, ce n’est qu’à partir du moment où le poste de Bezirksamtmann à temps plein fut créé que l’on put mettre un terme aux changements excessivement rapides des titulaires. On fit venir deux autres Allemands dans la colonie pour occuper les postes de secrétaires de la circonscription administrative et de jardinier-chef, de telle sorte qu’en 1914 l’administration de Lomé-ville comptait quatre Allemands (le Bezirksamtmann lui-même, le commissaire de police, le secrétaire et le jardinier-chef). En outre, on avait recruté cinq Africains comme copies et interprètes, plus 35 policiers. Le personnel administratif s’élevait donc à 43 fonctionnaires, qui faisaient face à une population de 7000 Africains, ce qui revenait à un administratif pour 150 personnes. Si l’on considérait la seule population adulte masculine (2 500), le rapport est de l’ordre de 1 pour 60, ce qui, sans aucun doute, constituait un rapport favorable à l’administration. D’un autre côté, ce rapport était nécessaire, parce qu’on avait institué un système fiscal spécial pour la population de Lomé et d’Aného à partir de 1908-09. une fois de plus, le fait d’avoir institué un système de payement de l’impôt en argent proportionnel aux ressources [17] et non sous forme d’une prestation de service uniforme [18], comme c’était le cas dans le reste du Togo, témoigne du niveau de développement atteint par la population urbaine.
Si, en 1911, l’on avait enfin créé une structure en personnel administratif adéquate, par contre, jusqu’en 1914, la superficie de la circonscription resta contestée. En effet, lorsque les limites de Lomé-ville et de Lomé-campagne furent fixées conformément au décret de 1905, se posa le problèmes des villages traditionnels de Bè et d’Amoutivé, dans la mesure où les deux villages étaient structurés comme tous les autres villages de Lomé-campagne, administrés par des chefs traditionnels, et que l’essentiel de leurs terres de cultures étaient situées au nord de la lagune. Mais, en fait, les deux villages étaient déjà devenus des faubourgs de Lomé. En effet, compte tenu de la politique suivie par l’Administration dans les questions de la propriété foncière, Lomé ne pouvait s’étendre qu’en direction d’Amoutivé, si bien qu’en 1914, les deux localités se touchaient pratiquement. Et puis, à Lomé, beaucoup de terrains appartenaient aux habitants de Bè et d’Amoutivé, de telle sorte que la séparation se révéla peu opportune. De toute façon, le développement de Lomé était tel qu’on ne pouvait plus l’endiguer et, en 1914, l’incorporation des deux villages dans l’entité de Lomé-ville était à l’ordre du jour, d’autant plus qu’en 1913 un champ de tir avait été installé sur le plateau, de l’autre côté de la lagune [19]. Au cas où l’incorporation de Bè et d’Amoutivé dans la ville deviendrait effective, on aurait assurément dû laisser subsister le système qui y avait cours, sous l’autorité de leurs chefs traditionnels [20]. L’Administration de Lomé-ville avait d’ailleurs créé deux nouvelles unités administratives en faisant élire pour la première fois (ou en les reconnaissant officiellement) un chef traditionnel respectivement pour les villages de Kodjoviakopé (1906) et d’Asiagbokopé [21] (1911). Même pour le ‘‘zongo’’ des commerçants musulmans (qui fut déplacé quatre fois de suite vers la périphérie de la ville, avant de s’établir définitivement le long du Boulevard circulaire en août 1909), l’Administration avait confirmé le choix d’un chef haoussa.
[17] Qu’il fallait donc recenser, ce qui fut à Lomé en juillet 1908 (cf dossier ANT-FA 3/307).
[18] 12 jours par an, qui pouvaient être rachetés en argent pour 6 Marks.
[19] C’est toujours aujourd’hui le camp principal de l’armée togolaise, à Tokoin.
[20] Ce qui se produira effectivement à la période française, Amoutivé sera intégré dans le périmètre de Lomé, Bè devra atteindre la réforme des limites communales de ...1971.
[21] Partie occidentale de l’actuel quartier Nyékonakpoè.