

En outre, l’effort de guerre, imposé de 1939 à 1945, avec tout ce qu’il comporte comme austérité, rigueurs, privations et brimades, a aggravé les difficultés socio-économiques et suscite diverses prises de position. Aux détracteurs de la France, Jean Noutary répond le 18 juin 1945 :
‘‘Oui, que reproche-t-on à la France ?
La France a affamé le Togo et on brandit le spectre de la famine...
... Je sais que, pour les gens qui financent cette presse, il ne s’agit pas de dire la vérité, il s’agit seulement d’amener du désordre dans le pays.
Ces désordres vous ont valu, en 1934, le rattachement au Dahomey et la perte de l’autonomie du Territoire. En 1945, s’ils se produisent, ils ne vous amèneront rien d’autre que l’hégémonie d’une coterie locale, qui s’engraissera sur vous avec toute l’avidité que vous leur connaissez. Cette coterie, en effet, cache ses appétits sous la soi-disante ‘‘Union de tout le peuple Ewé’’...
‘‘ Dans l’état actuel des choses, et pour donner quelques précisions à la presse voisine, qui paraît en manquer, il y a :
en Gold Coast : 389 721 Ewés ;
au Togo Français : 411 749 Ewés ;
au Dahomey Français : 750 000 Ewés ;
ce qui donne 1 161 749 individus de rameau éwé en pays français, contre 389 721 en pays britannique.
Si l’on veut donc regrouper un peuple Ewé sous une même obédience, il est plus logique et plus facile d’agglomérer une minorité à une majorité que de faire le contraire’’ [14].
En dépit de cette mise en garde, le problème du peuple Ewé a fait l’objet d’une pétition adressée à l’ONU dès le 31 décembre 1945 : elle est signée par 26 personnalités éwé de la Gold Coast et du Togo franco-britannique.
[14] Le Togo Français : Numéro spécial daté du 20 juin 1945, pages 2 et 3 : discours prononcé le 18-6-1945 lors de la célébration de l’Appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle.