

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’Europe, sinistrée et humiliée, n’est plus en mesure de tenir les rênes du monde qu’elle a dominé jusqu’alors : elle a perdu son prestige, particulièrement aux yeux de ses colonisés. Ceux-ci réclament d’importantes réformes au nom des droits de l’Homme, pour lesquels ils ont fourni d’énormes efforts de guerre.
Mais les puissances colonisatrices ne sont pas prêtes à lâcher prise : chacune d’elles cherche plutôt les voies et les moyens par lesquels elle peut endiguer les différentes aspirations de ses sujets. C’est dans ce cadre que s’inscrit la Conférence Africaine Française, tenue à Brazzaville du 30 janvier au 8 février 1944, afin de devancer les événements dans l’euphorie de la libération de la France.
La Conférence de Brazzaville pose les jalons d’une nouvelle formule de la doctrine coloniale tendant à la restructuration des possessions d’Outre-Mer et singulièrement en Afrique, où le Togo bénéficie d’un statut spécial.
En effet, au sortir de la première guerre mondiale, le Togo allemand avait été soumis au régime de mandat sous contrôle de la Société des Nations ; la France et le Royaume-Uni, qui l’avaient occupé dès les premiers jours des hostilités, acceptent d’y appliquer les nouvelles règles du jeu colonial à compter du 20 juillet 1922. En 1945, le Togo sous mandat devient territoire sous tutelle de l’Organisation des Nations-Unies ; la France et le Royaume-Uni continuent leur gestion selon de nouvelles dispositions.
Aussi, les recommandations de Brazzaville sont-elles applicables au Togo sous administration française, mais sous contrôle international. Les Togolais vont donc mettre à profit cette situation privilégiée pour obtenir de la France plus qu’elle ne veut donner ; la multiplication des gestes de cette dernière, pour amadouer les premiers, conduit irréversiblement à l’avènement de la République togolaise indépendante.
L’étude de cette période, particulièrement marquée par les réactions des Togolais face aux réformes entreprises pour la réalisation de « la plus grande France », sous l’œil vigilant de l’ONU, est ainsi articulée :
la première partie est axée sur l’éveil politique suscité par les conditions internes et l’environnement international,
la seconde partie traite du processus d’indépendance à travers les vicissitudes de la subtile politique française d’intégration.