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Période coloniale

Identité culturelle et environnement colonial

AHADJI Amétépé Yawovi
(Département d’Allemand)


In : Revue du C.A.M.E.S. Série B - Vol. 02, 2000, pp. 134-162.

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Durant la direction du pasteur Michael Zahn de 1862 à 1900, on peut dire que la ligne de conduite de la Mission de Brême n’affichait pas trop de contradictions ; l’attitude anticolonialiste de Zahn était à peine dissimulée, parce qu’il ne voulait pas que le pouvoir colonial s’immisce dans les affaires religieuses et lui impose ses dictats. Mais cette opposition de Zahn et d’autres dirigeants missionnaires à l’administration coloniale n’excluait pas une convergence des points de vue entre les deux principaux acteurs de la politique culturelle.

En effet, Zahn avait de tout temps défendu la thèse de la formation élémentaire dans la langue maternelle des populations et s’était donc systématiquement opposé à une formation de haut niveau pour les Africains. Il qualifia en termes sévères les lettrés africains de « caricatures aliénés, anglicisés, de fumiers de la civilisation qui sont déformés et bourrés de fausses connaissances superficielles » [24] . Selon Zahn, les connaissances acquises par les intellectuels africains étaient mal assimilées et mal exploitées par ceux-ci, car ils manquaient d’originalité et de créativité. On voit clairement que Mission et Administration adoptent la même attitude et le même langage raciste face à la formation supérieure au Togo. Le gouverneur Zech ne fait que répéter en termes aussi durs la même idée :

Je considère que les Noirs ne sont pas mûrs pour une formation de haut niveau. Dans leur soif de culture, ils dépassent de loin le but qu’ils se sont d’abord fixés...Nous ne pouvons pas dans la situation actuelle répondre à leurs désirs non contrôlés. Autrement nous nous retrouverons dans la même situation que dans certaines colonies , au Dahomey, au Sud du Nigeria en Gold Coast. Mais quelle est la situation dans ces pays ? On y trouve une classe d’avocats, de médecins, de journalistes noirs ; il y règne une égalité de droit entre Blancs et Noirs et les gouvernements de ces pays ont envie d’y rétablir la situation qui prévaut au Togo...Est-ce que nous voulons créer la même situation que dans les pays précités ? Former également une classe de Noirs demi-lettrés et arrogants ? Devons-nous répondre à leur désir d’être sur le même pied d’égalité que les Blancs ? L’introduction d’une nouvelle langue étrangèrenous amènera à admettre aujourd’huique les indigènes sontmûrs pour une formation de niveau supérieur. Je suis convaincu que tel n’est pas la cas et c’est pourquoi j’exprime les plus grandes réserves [25].

Cette citation, longue mais sans équivoque, a le mérite d’exprimer clairement le fond de la politique raciste : l’instruction de haut niveau finira par ouvrir les yeux aux indigènes qui vont se rebeller contre la domination blanche. L’opposition farouche des Allemands à la civilisation anglaise s’expliquait par les idées que véhicule cette langue. C’est pourquoi le gouvernement de Sa Majesté Impériale avait l’impression que « la préférence des indigènes pour l’anglais était sans doute encouragée par le fait que le Noir, avec ses connaissances superficielles, était admis avec un empressement regrettable à un rang social de gentleman » [26].

En d’autres termes, l’idée de la limitation du savoir défendue par les missionnaires - catholiques ou protestants - reposait sur leur souci de garder sous leur tutelle des chrétiens pieux, très fervents, mais peu évolués et non contestataires. La formation élémentaire était réservée à la « race inférieure », la formation de haut niveau à la « race supérieure ». Si l’on analyse de près les idées de Westermann, on reconnaît son engagement pour une éducation de masse dans la langue maternelle et son rejet d’une formation élitiste qui devait aboutir à l’européanisation des populations ; mais Westermann croyait aussi fermement que la colonisation apporte aux peuples africains un progrès culturel [27].

C’est pourquoi l’affirmation de Claus Westermann, fils du célèbre linguiste, affirmation selon laquelle « mon père en sa qualité de directeur de l’Institut International pour les Langues et Cultures africaines...était l’un des premiers à contribuer à la lutte contre le colonialisme et à la pleine reconnaissance des peuples africains dans leurs propres cultures » [28] est tout à fait subjective et d’ordre affectif.


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[24] Werner Ustorf : Die Missionsmethode, op. cit. pp. 252-254

[25] Peter Sebald : Togo 1884-1914, op. cit.,pp.498-499

[26] Hans Debrunner : A church between colonial powers, op., cit, p.114

[27] Eva Schöck-Quinteros/Dieter Lenz : 150 Jahre Norddeutsche Mission, op. cit.,p. 189

[28] Ibid. p. 209


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