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Etude historique de l’esclavage au Niger

L’esclavagisme dans l’espace nigérien

GALY, Abdel Kader


L’esclavage au Niger. Aspects historiques. Aspects juridiques. Dénombrement et statistiques. Niamey, Anti-Slavery International mars 2004, 157 pages ; lauréat du Prix International des Droits de l’Homme décerné par Anti-Slavery International, novembre 2004. Avec l’aimable autorisation des auteurs et éditeurs.

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1.1- L’esclavagisme dans l’Est du Niger

1.1.1- L’extrême est : le Mangari

Dans l’extrême est du Niger peuplé par les Mangas Maikoréma Zakari dans sa « Contribution à l’histoire des populations du sud-est nigérien : le cas du Mangari (XVe-XIXe siècles) » a fait une description complète de la société en rapport avec les structures économiques. Cette société comprend deux groupes principaux. Le premier groupe, est celui des « hommes du communs » et le second groupe est celui des dirigeants.

Le pouvoir politique est détenu par le Muniyoma (roi du Munyo) qui est le maître absolu après Dieu et qui possède tout et décide de tout.

Il est entouré d’une cour de notables et de princes. Le peuple sur qui s’exerce la domination est composé d’hommes libres. Ces derniers sont agriculteurs, ont un mode de vie sédentaire, et commercent avec les voisins.

Les hommes libres sont divisés selon leur profession :

  • des hommes libres des « rustres » attachés à la « glèbe »,

  • des hommes de profession à savoir les tisserands, les cordonniers, les forgerons, les musiciens. Cette catégorie de citoyens pratique aussi la culture.

Ces différents groupes possèdent leurs esclaves s’ils en ont les moyens.

Le problème principal des hommes libres est l’impôt qu’ils doivent tous payer au groupe des dirigeants, en particulier le Munyoma. Le montant de cet impôt est équivalent au dixième de la récolte de chaque homme libre et on doit en plus payer en monnaie (cauris) 1000 cauris par adulte, 1000 cauris par tête de bœuf, 2000 cauris par esclave.

« Pour faire face à toutes ces charges et manger à sa faim, le paysan devait nécessairement disposer d’une importante main-d’œuvre et produire au maximum. Il fallait donc adjoindre, au cas où les moyens le permettraient, à la forme de travail procurée par les membres de la famille celle d’une main d’œuvre servile. Ce qui ne fit qu’accroître au sein de cette masse de ruraux exploités, le nombre des individus surexploités qu’étaient les captifs. » (Maikoréma 1985, p. 128)

Au bas de l’échelle se situent les esclaves.

Le statut d’esclave s’acquiert de plusieurs manières. La plus courante est la capture suite à des expéditions guerrières contre les voisins. La seconde manière est le rapt dont les victimes sont les individus isolés surpris par des groupes armés et les plus nombreuses des victimes sont les enfants. La troisième forme d’acquisition d’esclaves est l’achat. Guré (actuel Gouré chef lieu de l’arrondissement du même nom) possédait un marché d’esclaves. Les fournisseurs d’esclaves étaient les membres du groupe des dirigeants.

L’aristocratie fournissait en esclaves surtout les marchands nord-africains qui, à leur tour, fournissaient les filières en direction de l’Afrique du Nord et de l’Arabie. Les prix pratiqués étaient différents selon que l’esclave soit un enfant (60 à 80 000 cauris), un adulte (30 à 40 000 cauris), un jeune pubère (50 à 60 000 cauris) ou une fille pubère (80 000 à 100 000 cauris). Le troc était aussi un moyen d’acquisition d’esclaves. Les étoffes, les animaux, les céréales, les instruments aratoires etc. servaient de moyens d’acquisition des esclaves.

Chez les hommes du commun, les esclaves servaient à toutes les tâches, et en particulier, ils cultivaient les champs de leurs maîtres. Les corvées d’eau, la garde des troupeaux, la paille pour les animaux du maître, le bois de chauffe étaient les corvées quotidiennes de la condition d’esclave.

Sur le plan du statut propre, l’esclave est relégué au rang d’animal possédé et à ce titre, il ne possède aucun bien propre dont le maître ne puisse disposer à sa guise. Il peut être vendu à tout moment ou offert. Maikoréma écrit que : « Le captif, c’est quelqu’un qui a perdu toute valeur intrinsèque. Sa personne comme ses biens minimes appartiennent à son maître. Aux yeux de celui-ci, il a la même valeur qu’une bête de somme. Il peut à tout moment, être vendu, échangé, donné en cadeau à d’autres personnes. Parmi les biens qu’une jeune mariée emmenait dans sa belle-famille, on dénombrait parfois des captifs dont le nombre variait suivant la possibilité des parents de la jeune fille » (Maikoréma, 1985, p 131)

Les hommes du pouvoir, l’aristocratie, possédaient ses esclaves. L’aristocratie était le pourvoyeur en esclaves vendus. Ils en gardaient une partie qu’ils utilisaient dans l’appareil administratif. Les esclaves du pouvoir devenaient gardes de corps et guerriers « occupant toujours la première ligne au cours des combats et les points les plus exposés aux agressions aux confins du royaume, ils assuraient indubitablement la gestion et la sauvegarde du pouvoir » (Maikoréma 1985, p 132).

Ces esclaves de l’aristocratie étaient paradoxalement privilégiés par rapport aux hommes libres, car ils vivaient à l’ombre du pouvoir et s’enrichissaient en bétail et en esclaves. Ils étaient plus des maîtres de corvée que des corvéables.

Quelque soit la manière dont a été acquis le statut d’esclave, ce dernier n’est pas irréversible pour les esclaves de première génération. Il était autorisé qu’un esclave soit affranchi par la volonté du maître, ou par rachat de sa propre personne auprès du maître. Mais lorsque l’on naît de parents esclaves, le rachat est impossible de même l’affranchissement.

On comprend aisément que le prix de la fille nubile soit le plus élevé à l’achat car ses enfants ne naissent jamais libres et font partie intégrante du patrimoine du maître. Ce patrimoine a le mérite de l’indélébilité. C’est cette indélébilité qui est restée au plan des valeurs des individus car l’idéologie qui est née de la gestion de la société esclavagiste du Mangari crée une hiérarchie de valeur au nom de laquelle, « ceux dont les parents ont, autrefois, été vendus ou échangés restent, même si ceux-ci ont eu à recouvrer leur liberté par la suite, inférieurs à ceux dont les parents n’ont jamais connu la condition servile. Certains vont même jusqu’à avancer que les descendants d’anciens captifs sont toujours victimes d’une tare congénitale due au seul fait que leurs parents aient servi de monnaie d’échange. »

Cette citation est une note de bas de page de l’historien et elle concentre en fait les conceptions actuelles de la hiérarchie entre les citoyens. En effet dans le Mangari actuel ou dans les cercles des ressortissants du Mangari, cette vision est d’actualité. Elle se manifeste surtout au moment du mariage, dans la mesure où les citoyens issus de parents qui n’ont jamais connu la servilité prennent le soin de ne jamais accepter qu’un homme ou une fille dont les parents ont connu la servilité soit époux ou épouse de leur enfant. On utilise l’idée d’une malédiction pour créer un fossé infranchissable entre les citoyens actuels.

Dans cette région, c’est cette idéologie qui reste de l’esclavagisme qui bien que ne se pratiquant plus de manière ouverte en dehors des cours royales, persiste sous la forme de discrimination entre citoyens bien nés et de citoyens mal nés. Les louanges des uns sont là pour rappeler aux autres que, s’ils n’ont pas droit aux louanges, c’est que quelque part il y a une raison non dite mais devinée par tous. Or chaque matin les griots, au moment des baptêmes, en rappelant les louanges des uns et pas celles des autres, contribuent à entretenir les survivances de valeurs désuètes.

La domination de l’empire du Bornou s’est étendue jusque dans le Damagaram qui, lui aussi du point de vue de l’histoire, est concerné par la question esclavagiste.


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Dernière mise à jour du site : 28 septembre 2007
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