

Avant la conquête coloniale, l’espace qu’occupe le Niger actuel peut être à grands traits subdivisé en quatre zones plus ou moins homogènes du point de vue du peuplement, des mœurs et des modes de vie.
A l’est la zone est peuplée en majorité de Mangas, sous groupe Kanouri, depuis les bords du Lac Tchad jusqu’à Zinder, capitale du Damagaram. Toute cette zone était sous l’influence du Mai [1] du Bornou. Les populations étaient islamisées et vivaient de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et du commerce.
Le sud est peuplé en majorité de Hausa qui vivent aussi de la chasse, de l’agriculture, du commerce et de l’élevage. L’islamisation accélérée des Etats hausa est une conséquence du Jihad de Ousman Dan Fodio qui assujettit tous les états hausa au sein du Califat dont la capitale est Sokoto dans l’actuel Nigeria. Cependant deux états hausa ne furent pas soumis. Il s’agit du Katsina (capitale Maradi) et du Gobir (capitale Tibiri) qui gardèrent leurs anciennes croyances animistes. Une autre zone peuplée de populations d’origine hausa est l’Arewa qui était resté en dehors des influences islamiques venues tant de l’est que de l’ouest.
L’ouest est composé de populations Zarma-Songhay, qui ont la même structure sociale et la même langue. Ces populations pratiquaient la chasse, l’agriculture, l’élevage, la pêche. L’islam n’était pas dominant malgré la conversion des souverains songhays.
Le nord est peuplé de populations Hausa et de Touareg. Les hausa habitant la région de Tahoua sont des chasseurs et des agriculteurs. Les Touaregs sont nomades et commerçants caravaniers pour partie et sédentaires et agriculteurs pour la partie autour du massif de l’Aïr.
Les différentes régions ont des relations instables d’alliance, d’opposition, de guerre ou de paix. Dans tous les cas, leur histoire est jalonnée de conflits tout comme de période de paix. Certaines régions ont construit des cités dont le rayonnement a dépassé de très loin les frontières du Niger actuel.
A la veille de la conquête coloniale, le Damagaram était vassal du Bornou et en conflit avec les états hausa voisins. Le sultanat de l’Aïr (capitale Agadez) avait conquit une bonne partie de la région de Tahoua. Mais lui-même avait fait acte d’allégeance au Califat de Sokoto [2].
Le Gobir et le Katsina se sont stabilisés dans l’opposition religieuse et politique au califat de Sokoto. Dans l’ouest, les seigneurs de guerre avaient consolidé les rapports de force autour de certains grands centres et organisé leur défense contre les razzias [3] des Touareg en particulier.
On dispose depuis peu de documents historiques sérieux portant sur l’organisation politique et sociale de chacune des régions. En effet, avec le développement de l’université de Niamey, chaque région a été étudié à fond ce qui permet de disposer d’un matériel qui a été élaboré à partir des sources écrites et des sources orales. Ce sont ces sources qui nous permettent de pouvoir réaliser une situation de l’esclavagisme dans les sociétés nigériennes avant la conquête coloniale.
[1] Mai signifie roi
[2] Sokoto est la capitale de l’Etat de Sokoto dans l’actuel Nigéria. C’est aussi la capitale du califat de même nom fondé par Usman Dan Fodio. Il a vassalisé la grande majorité des Etats hausa qui se sont retrouvés du jour au lendemain coupés entre Hausa dépendant de l’Angleterre et Hausa dépendant de la France. La coupure coloniale n’a pas réussi à séparer les Hausa vivant de part et d’autre de la frontière nigéro-nigériane
[3] Incursion rapide chez des voisins pour s’emparer par surprise du butin de toutes sortes. Les personnes ainsi capturées sont réduites en esclavage. C’est une spécialité dans laquelle les Touareg sont célèbres.