Revenir à l'accueilRevenir à l'accueil

Etude historique de l’esclavage au Niger

Introduction et méthodologie




L’esclavage au Niger. Aspects historiques. Aspects juridiques. Dénombrement et statistiques. Niamey, Anti-Slavery International mars 2004, 157 pages ; lauréat du Prix International des Droits de l’Homme décerné par Anti-Slavery International, novembre 2004. Avec l’aimable autorisation des auteurs et éditeurs.

Page suivante >>

La présente étude se veut une contribution à la mise en place des mécanismes nécessaires à une éradication de l’esclavage au Niger.

En effet, il peut sembler aberrant qu’en ce début du troisième millénaire, un pays comme le Niger, connu pour occuper le dernier rang à l’indice du développement humain, soit mis en cause sur le problème de l’esclavage, une forme de l’organisation sociale humaine que l’on pensait avoir éradiqué avec l’avènement de la démocratie.

Et pourtant, l’esclavage est présent dans la vie quotidienne au Niger. Le problème n’est pas de trouver une définition de l’esclavage, mais de libérer de l’esclavage des centaines d’hommes et de femme pour qui chaque jour apporte son lot d’humiliation, de peines physiques, de tortures, d’arbitraire.

Faut-il définir l’esclavage avant de le combattre ? La question mérite d’être posée. Mais qui doit définir l’esclavage ?

Est ce cette femme que nous avons vue à Abalak en ce mois de juillet 2002 ? Cette dernière dont le nom n’a pas d’importance venait de parcourir à pied 40 km pour se réfugier auprès des militants antiesclavagistes d’Abalak dans le Département de Tahoua, au Nord du Niger. A peine a-t-elle raconté son évasion qu’elle supplie pour que l’on s’occupe de ses trois filles restées chez le maître. La gendarmerie alertée accompagna la dame sans âge et dont le nom n’a aucune importance pour revenir avec ses trois filles.

L’ayant écoutée, un membre de notre équipe lui posa alors la question suivante : « Que vas-tu faire maintenant que tu es libre ? ».

Elle répondit : « Je vais essayer de vivre en regardant comment font les autres. » Elle ignore la liberté, elle va l’apprendre en regardant les autres.

En posant la même question à un autre esclave libéré par l’action militante, il répondit que pour lui « la liberté commence par le fait de pouvoir dormir et se réveiller qu moment où l’on veut. »

Du fait de l’esclavage, il ignorait que le rythme de son propre sommeil pouvait lui appartenir.

On peut, au lieu de définir l’esclavage, constater que l’esclave est celui qui :

  • travaille pour un autre sans bénéficier d’un salaire,

  • est soumis à la violence des autres sans que la loi le protège,

  • n’a pas de statut social donc pas d’opinion,

  • n’a pas la propriété de sa descendance qui appartient à d’autres,

  • n’a pas de liberté de mouvements car dépend de la permission des autres,

  • ne peut se marier qu’à une personne de même statut,

  • ne mange que ce que les autres l’autorisent à manger car il n’a aucun droit de regard sur sa propre alimentation,

  • ne peut pas adresser la parole à une autre personne jugée noble,

  • ne dispose pas de son temps qui est entièrement contrôlé par d’autres.

On peut partir de ce minimum de non droit pour situer l’esclavagisme. Mais peut-être que l’esclave c’est aussi ce que nous diront les esclaves sur leur propre situation et nous avons choisi de leur offrir un cadre afin qu’ils décrivent chacun ce qu’il vit.

En effet, comment qualifier la situation de cette femme qui, à la question quels sont les mauvais traitements que vous inflige le maître, répond en avouant qu’il la viole ?


1 2 3 4 5 6 7 >>


Rechercher sur le site

Penser et écrire l’histoire
Quelques outils
Réseaux et liens


Fiches pays

 Burkina Faso
 Togo
Niger
 Mali
 Sénégal
 Côte d’Ivoire


Actualités


Dernière mise à jour du site : 28 septembre 2007
Voir les dernières pages ajoutées ou modifiées