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Historiographie

La colonisation : un défi pour l’Afrique

EKANZA Simon-Pierre
(IHAAA - Université Cocody-Abidjan, Côte d’Ivoire)


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Conclusion

L’objectif de mon propos était simple.

Au regard des problèmes actuels de l’Afrique, qui s’enracinent pour la plupart dans le fait colonial, c’est-à-dire l’intrusion de l’Europe en Afrique, quelles solutions l’Etat africain issu de la décolonisation, dépositaire des deux héritages, pré-colonial et colonial, a-t-il apportées ?

L’histoire de la colonisation nous fait découvrir :

  • 1. que l’expérience coloniale a été, somme toute, un processus contradictoire de désintégration/réintégration de l’espace africain,

  • 2. que les luttes de libération, loin de réaliser l’intégration des territoires colonisés, ont au contraire abouti au morcellement de l’Afrique. Mais la géopolitique coloniale ne portait-elle pas déjà, en son sein, les divisions ultérieures ?

  • 3. que les Etats africains, issus de la décolonisation, dans leur politique de reconstruction et de développement pour réaliser les promesses de la colonisation, se sont appropriés des instruments de la modernité sans toujours en usé à bon escient, le plus souvent, en se référant à des pratiques perverties d’une culture africaine toujours omniprésente.

La complexité des processus socio-politiques et tout particulièrement l’instabilité chronique du continent africain ont contribué à dresser de ces dernières décennies une image si sombre par certains que Jean Louis Miège, l’historien français, qui eut à marquer le plus la génération actuelle des historiens ivoiriens, a pu écrire avec une teinte de provocation : « La décolonisation ne traduit pas l’échec de la colonisation. A beaucoup d’égard, elle en marque le triomphe ».

En réalité, ce qui mérite d’être souligné, c’est que malgré les indépendances, le « problème africain » reste entier depuis près d’un demi-siècle : la décolonisation est, et demeure, inachevée. Et pour cause ? Il s’est manifesté, depuis les indépendances, ce qu’il est convenu d’appeler le « néocolonialisme », l’une des menaces les plus graves sur les indépendances africaines.

Le néocolonialisme a eu pour effet l’intervention constante des anciennes puissances coloniales et des autres dans les affaires politiques, économiques, militaires et même culturelles des pays africains. Lorsque l’on ajoute, à ce tableau, l’accumulation des contre-performances dans le domaine économique et les difficultés durables à fonder des régimes à la fois stables et démocratiques, la perception de l’Afrique ne peut être que négative et pessimiste quant à son devenir.

Cependant, il n’ y a pas lieu de désespérer.

L’Afrique est familière, depuis des siècles, de toutes ces secousses et effervescences dont elle a toujours triomphé. La volonté tenace de survie qui la caractérise, qui lui a permis de résister à la traite négrière et au choc colonial, épreuves redoutables, l’assistera à nouveau pour qu’elle triomphe du néocolonialisme et de la mondialisation.

L’espoir est permis à l’Afrique, aujourd’hui marginalisée. Mais pour cela, il faut deux conditions :

  • 1. que le continent puisse atteindre un minimum vital, au point de vue de la croissance, sans abandonner sa propre culture.

  • 2. que dans le même temps, comme le prophétise Ki-Zerbo, notre aîné dans la recherche historique, les pays du Nord, anciens colonisateurs et autres, butent contre certains murs de la croissance débridée d’aujourd’hui, dans un libéralisme qui n’a rien à voir avec la liberté : « A ce moment, les uns et les autres seront libérés (...) des aspects purement matérialistes de la production. L’humanité pourra enfin donner le pouvoir à l’imagination et à la créativité, c’est-à-dire à la culture ».

Ceci n’est pas un rêve.

Je ne suis pas sans ignorer les difficultés, en particulier les immenses intérêts qui sont en jeu : comment contourner les intérêts des complexes militaro-industriels ou biogénétiques de l’Occident.

A supposer que les puissances occidentales se rendent compte qu’ils sont dans une voie sans issue, quel usage l’humanité fera-t-elle de ces pouvoirs de production, de reproduction et de destruction ? Aura-t-elle un sursaut pour laisser un espace à l’humilité et à la conscience ?

Et Ki-Zerbo répond : « Je pense qu’entre la science, l’argent, le pouvoir et la violence, il appartiendra à l’humanité de faire une synthèse qui donne droit à la conscience ».

Il poursuit : « Le savoir, le pouvoir, l’avoir devront ramenés non pas sous la férule du pouvoir de l’argent, mais sous la haute direction de la conscience ».

Enfin, il ajoute : « Dans la conscience, il y a quelque chose de plus que dans la rationalité. C’est la conscience qui nous distingue des animaux ».

Je terminerai cet entretien par ces mots : Si l’être humain « se considère comme supérieur aux animaux, il faut qu’il arrive non seulement à découvrir des formules, mais aussi à vivre comme un être humain supérieur, chercheur et conquérant de sens, capable de construire un monde différent, un monde autre, de justice, de solidarité, de respect mutuel entre les hommes et les femmes ».

Depuis quarante-cinq ans que les Africains sont indépendants, ils ne se sont pas posés les questions fondamentales pour construire un projet d’ensemble : qui sommes-nous ? Où voulons-nous aller ?

Depuis 45 ans que l’Afrique est indépendante, elle n’a pas répondu à ces questions fondamentales. Qu’est-ce que nos Etats ont fait ? Qu’ont-ils réalisé pour échapper à la marginalisation ? D’où viennent-ils ?

Comme l’enseigne Ki-Zerbo, notre aîné dans la recherche historique, à partir de cette plate-forme d’ensemble, il est possible de mettre sur pied une force de frappe, consistant en idées, en ressources humaines et en organisation, qui puisse se tailler une place dans le rapport des forces mondiales.

« Nous pouvons, écrit-il, intellectuellement construire une nouvelle Afrique. Nous avons des créneaux porteurs, surtout au niveau des industries culturelles. Nous avons les chercheurs, les inventeurs, les producteurs, les créateurs sur le plan de la musique, de la danse, des arts plastiques, du théâtre, de la vie en comun, de la convivialité, de la prise en charge des faibles, du management originel de l’environnement, du rapport à la santé et à la mort, aux ancêtres, de l’amour, de la gestion des conflits... »


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Dernière mise à jour du site : 28 septembre 2007
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