

b)- La colonisation appartient aussi à l’histoire économique et sociale
Peut-on parler de politique de développement économique sous la colonisation ? En l’absence de formulation cohérente et explicite d’une politique de développement, on peut cependant en déceler certains indices dans la politique de mise en valeur ou plus exactement d’exploitation qui voit le jour dans toute l’Afrique.
Cette politique de « mise en valeur » s’inspire de l’idéologie de la mission civilisatrice : procurer aux peuples « sauvages » d’Afrique les bienfaits de la civilisation, en leur inculquant l’idée de propriété privée et celle de l’utilité du travail, afin de les conduire vers une ère de prospérité, celle du marché mondial.
Or, la mise en place du système d’exploitation a été une période extrêmement dramatique pour les Africains au point que certains auteurs ont pu parler, à juste titre, de « fardeau de l’homme noir » [1].
1.La période dramatique des premières années de la colonisation (1900-1910)
Rêvant des trésors du continent, soucieuses de rentabilité, les puissances coloniales se précipitent, pendant les premières années de la colonisation (1900-1910) dans une exploitation économique effrénée, caractérisée par le pillage des richesses naturelles du continent, mais aussi par la violence sous toutes ses formes : réquisition, travail forcé, cultures obligatoires, impôt, expropriations...
Aucune des sociétés africaines n’échappe à ces méthodes extrêmes que les régimes coloniaux ont cherché à justifier en invoquant la nécessité d’une contrainte salvatrice, face à des populations « ataviquement paresseuses ».
Des populations entières dans le bassin du Congo furent entièrement exterminées, des régions forestières de cette zone de l’Afrique durablement ruinées.
Le désastre écologique et la catastrophe démographique ne sont pas propres aux deux Congo ; ces maux ont frappé presque toutes les régions de l’Afrique colonisée : épidémies spectaculaires et meurtrières de peste à Madagascar, de fièvre jaune et de peste au Sénégal, de fièvre jaune en Côte-d’Ivoire, de sécheresse et famines, d’épizooties, de famines dans des zones aussi différentes que le sahel et l’Angola.
[1] Edmund Morel, The Black Man’s Burden. The White Man in Africa from the Fifteenth Century to World War I, Londres, 1969 (1920).