

4. Les conséquences économiques et culturelles du double processus
Ce double processus de désintégration/intégration a eu des répercussions diverses, tant au niveau économique que social.
L’Afrique tout entière sous domination coloniale devient, au niveau de chacun des découpages territoriaux, un nouvel espace économique.
L’objectif principal du colonisateur a été le développement de la production et non des relations entre hommes, si bien que les convivialités et les cultures ont été le plus souvent ignorées, bien que de fortes nuances existent entre, par exemple, le cas français et le cas britannique.
Toutefois, les liens économiques ont été particulièrement privilégiés entre chacune des colonies et sa métropole, au détriment des liens (qui auraient dû être développés) entre colonies voisines étrangères.
Outre la volonté du colonisateur, certains événements conjoncturels dont les guerres mondiales et la crise économique qui des années 30 renforcent la dépendance des colonies vis-à-vis de leur métropole.
Enfin, chaque colonie devient un espace économique, organisé autour du centre urbain qui fonctionne un pôle d’activité relié à la ville voisine de la colonie par des voies de communication de plus en plus efficaces. Mais surtout la communication bouleverse l’ensemble du paysage économique et social de l’Afrique.
Elle vient, en particulier, briser toutes les dynamiques antérieures, notamment l’avancée des « frontières ».
Par exemple, le Sahel, naguère terminus prospère des routes transsahariennes et plaque tournante du commerce interrégional, sombre dans une longue décadence, aggravée par l’absence d’investissements coloniaux. Les liaisons est-ouest du commerce de l’Afrique de l’Ouest s’arrêtent brutalement, au profit des liaisons nord-sud, l’essentiel des produits de consommation courante, autrefois fournis par les pays sahéliens, arrivant désormais par les ports d’embarquement et de débarquement de l’océan.
Autre exemple : dans l’océan indien, les relations Europe-afrique prennent la relève en grande partie des échanges naguère prospère entre l’Afrique et l’Asie.
La distanciation des liens culturels. Dans ce premier cas, des peuples, unis autrefois dans l’ancienne Afrique par des liens de fraternité, sont déliés de leur unité culturelle ancienne et deviennent désormais étrangers les uns aux autres : l’Agni de Côte-d’Ivoire devient étranger pour l’Agni de la Gold-Coast voisine, le Haoussa du Niger est désormais étranger pour le Haoussa du Nigeria...
La création d’un nouvel espace culturel. Dans le second cas, l’effort de rassemblement vise la création d’un espace linguistique qui se traduit par l’attachement des « élites » à ce nouvel espace d’expression, même si des consciences territoriales tendent à émerger localement : les Baoulé s’affirment Ivoiriens, les Soussou Guinéens, les Sarakolé soudanais...mais tous ces trois sujets français revendiquent leur appartenance à l’AOF, par rapport, par exemple, aux sujets britanniques de Sierra Léone, de la Gold-Coast ou du Nigeria.
Au bloc français de l’AOF s’opposent désormais d’autres territoires dits « étrangers » : la Gambie, le Libéria, la Gold-Coast, le Nigeria...
Cependant, malgré la clôture géographique et les barrières administratives, des échanges culturels et sociaux intenses continuent d’animer la vie des communautés que les divisions territoriales semblaient avoir brisées ou séparées.
C’est par rapport à cet héritage ancien qu’il convient maintenant d’apprécier et d’évaluer l’apport de la colonisation au plan économique.