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Peuples et civilisations

Origines, migration, peuplement. Le cas des populations ivoiriennes. Quelle méthodologie ?

EKANZA, Simon-Pierre
(Université de Cocody, Abidjan (Côte d’Ivoire))


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L’une des caractéristiques majeures des sociétés africaines, c’est de n’avoir jamais vécu en vase clos, dans l’isolement.

Au contraire, le continent africain a connu deux phénomènes importants : l’ampleur des échanges à longue distance et surtout la mobilité des populations, phénomène enregistré sur tout le continent au cours de la période pré-coloniale.

En effet, les migrations, qu’elles se présentent sous forme de mouvement d’ensemble ou d’infiltrations progressives, à petite dose, n’y prennent fin qu’à l’époque coloniale, lorsque les Métropoles entreprennent de fixer les populations pour des raisons de police ou dans un but administratif [1].

Les exemples d’immigration sont innombrables : le plus spectaculaire a sans doute été celui de l’immigration bantu qui submerge les populations pré-existantes (pygmées) dans l’ouest et le centre-sud du continent, à partir d’un noyau que les linguistes situent aux confins du Cameroun et du Nigeria, quelque part dans la Bénoué centrale, vers 1 000 avant JC. On peut aussi faire appel à la migration peul. Réfugiés dans le Tékrour sénégalais à la suite de migrations préhistoriques, issues du Nord-Est transsaharien, les peuls reprennent leur progression dès le XVIIe siècle, essaiment dans toute l’Afrique de l’Ouest ainsi que dans l’Afrique centrale jusqu’ au Tchad.

Plus près de nous, dans l’espace et le temps, les migrations soudanaises conduites essentiellement par les populations du Mali, plus connues sous le nom de Dioula, et les Haoussa submergent toute la région méridionale couverte de savane et de forêt jusqu’au rivage de l’Atlantique, à la recherche des produits rares, tels que l’or, la kola et les esclaves.

Ces vagues de migrations soudanaises vont se succéder du XIème siècle jusqu’ à nos jours. Quant aux Akan, sous la pression des événements politiques et militaires, ils déferlent de la Gold Coast voisine sur le territoire ivoirien, entre le XVIe siècle et la fin du XVIIIe siècle, afin de mettre à l’abri aussi bien leurs personnes que leurs biens. La migration représente donc un phénomène majeur, caractéristique du continent africain, qui vaut la peine, dans le cadre de l’analyse méthodologique, de retenir l’attention de l’historien.

Les pages qui suivent puiseront particulièrement dans l’histoire des origines des Akan de Côte-d’Ivoire, leurs migrations et peuplement en illustration à cet exposé qui se veut avant tout d’ordre méthodologique. Le débat sur les origines de cette fraction du peuple ivoirien, en lui-même, ne manque pas d’intérêt, quand on sait que la question des origines est toute brûlante d’actualité dans ce pays.

Mais là n’est pas notre préoccupation. L’objectif visé se résume à l’approche méthodologique. L’étude des origines des peuples d’Afrique et tout particulièrement de Côte-d’Ivoire piétine. Les essais ne manquent pas, l’envie d’éclairer ce pan de l’histoire a toujours été, elle aussi, constante auprès des chercheurs jeunes et moins jeunes. Mais ce qui fait le plus souvent défaut, c’est le talent.

En effet, pour débrouiller l’histoire des origines des diverses populations ivoiriennes au sujet de laquelle règne la plus grande confusion aussi bien dans les rares écrits de nos devanciers que dans les récits de tradition orale, le courage et la patience ne suffisent pas ; il faut d’abord et avant tout de la méthode : définir avec précision l’objet et l’enjeu de la recherche, ensuite procéder l’un après l’autre à l’examen des différents points qui auront été déterminés. Ces deux principes devront présider à tous les travaux de recherche fondés sur les documents d’origine.

Trois questions fondamentales méritent ici d’être envisagées à propos des origines : d’abord celle du lieu d’origine de chacun des peuples, de sa migration et de l’itinéraire suivi et enfin celle du peuplement proprement dit.

Quelles démarches doit-on suivre en abordant chacune des questions ici soulevées ?


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[1] Collecte d’impôts, attribution de lots en propriété privée.


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Dernière mise à jour du site : 28 septembre 2007
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