

Le présent article vise à analyser les conditions de pénétration de l’islam au Mali et les voies de sa diffusion.
Cependant, pour mieux cerner ces questions, nous présenterons d’abord les conditions de sa pénétration en Afrique de l’Ouest, ensuite procéderons à son analyse à la période des grandes empires (Ghana-Wagadu, Mali, Songhay) qui ont été les territoires sur les ruines desquelles a vu le jour le Mali actuel.
Nous avons choisi les repères chronologiques VIIIème siècle, période d’existence de la mosquée à Kumbi Saleh d’où la présence de l’Islam dans cette ville jusqu’à la période du XVIème siècle correspondant au rayonnement de la culture islamique sous l’empire Songhay.
L’Afrique pendant longtemps est restée un continent enfermé. Son contact avec le monde extérieur a été rendu possible grâce la vallée du Nil surtout par la navigation sur l’Océan Indien contribuant ainsi au développement de la brillante civilisation égyptienne.
C’est ici que sont nés tôt des Etats historiques influencés par l’Egypte ancienne. Cette dernière a conquis le Nord du Soudan dès le 16ème siècle avant Jésus Christ et vers -300 apparaît le royaume de Meroé ; en 300 se constitue en Ethiopie, un empire chrétien, le royaume d’Aksoum que l’islam a dû isoler de la Méditerranée au VIIè siècle. C’est surtout, à partir du VIIIè siècle de notre ère que l’Afrique noire subit à travers le Sahara et la côte de l’Océan Indien (Swahili) l’influence de l’islam.
Les richesses du continent, en particulier celle de l’or [1], ont été l’une des raisons de son ouverture sur le monde extérieur. Le commerce de ce métal jaune ainsi que celui des esclaves plus tard ont fait que l’Afrique est désormais ouverte sur le monde extérieur. Cette ouverture du continent s’accompagnera de profondes mutations politiques et culturelles.
La diffusion de l’islam au Mali actuel remonte à la période des grands empires. C’est pourquoi il est important de l’examiner à travers l’évolution des ces empires qui se sont succédés sur le territoire du Mali actuel.
Le premier empire a été celui du Ghana.
L’islamisation de cet empire a été l’initiative de Moussa Ibn Noussair qui s’est dirigé vers le Sud à la tête de 17.000 Arabes et 12.000 Berbères afin de convertir à la religion musulmane, les Berbères, les Touaregs et leurs voisins Soudanais et ce pendant le dernier quart du premier siècle de notre ère [2]. C’est ainsi que les Touaregs se sont convertis à l’islam et ont fini par envoyer des « missionnaires » au pays du Soudan afin de faire propager la religion musulmane au royaume païen du Ghana. On peut noter aussi les migrations des savants au Ghana qui ont été reçues et encouragés par les rois pour la diffusion de l’islam. Ces migrations ont ainsi permis l’expansion de l’islam et favorisé l’émergence des centres islamiques au Soudan.
A la période de l’empire du Mali qui a succédé au Ghana, le pèlerinage du roi du Mali, Mansa Moussa a en grande partie contribué à l’émergence de la culture islamique.
Après le déclin de l’empire du Mali c’était l’empire Songhay surtout à la période de la dynastie des Askia qui a connu l’épanouissement de la culture islamique.
Parmi les voies ayant contribué à la diffusion de l’islam on peut citer :
1. Les échanges commerciaux,
2. Le pèlerinage aux lieux saints de l’islam,
3. Les échanges culturels et scientifiques,
4. La politique de certains souverains du Soudan Occidental,
5. Les récits des voyageurs arabes sur le Soudan.
C’est à partir de l’Afrique du Nord, à travers le Sahara,que l’islam va s’implanter progressivement au Mali.
A partir du Xème siècle l’islamisation de l’ensemble du Maghreb était achevée sauf quelques régions éparses d’accès difficile où vivaient de petites communautés chrétiennes [3]. Mais bien avant le Xè siècle des musulmans avaient pris contact avec les Maliens.
Au Mali, les premiers contacts avec l’islam ont eu lieu au nord-est du Mali (Gao) et le nord-ouest (sud-est de la Mauritanie), probablement par le nord du seuil du Wagadu [4]. Les Berbères islamisés du Maghreb supportant mal la domination arabe optèrent pour le karijisme qui est né de la fitina (grande crise) qui ébranla la communauté musulmane à la suite de l’assassinat d’Uthman en 656 [5].
Les Karijites [6] ont un accès très large au califat et pensent qu’il doit être confié par élection au meilleur musulman en dehors de toute considération de tribu et de race « fût-il un esclave noir ».
[1] Il est à signaler qu’à l’époque l’Afrique était riche en or dans sa partie occidentale (Ghana, Bouré, Bambouk, Akan) ainsi que dans sa partie sud (Zimbabwé).
[2] Pr. Dr Aboubakr Ismaïl Maïga.- La culture et l’enseignement islamiques au Soudan Occidental ... p 22
[3] HRbek El Fasi.- Les étapes du développement de l’islam et de sa diffusion en Afrique.- Histoire générale de l’Afrique du VIIè au XIè siècle.- TIII, Présence Africaine Edicef UNESCO, 1997, p 77
[4] Jean Devisse, Commerce et routes du trafic en Afrique Occidentale, Histoire générale de l’Afrique, UNESCO, NEA, 1990 pp 397- 463
[5] J.M Cuoq, Histoire de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest des origines à la fin du XVIè siècle, 1984, p 16
[6] Farkat Dachraoui.- Le califat fatmide du Maghreb 292-362/ 909-973, Histoire politique et Institution.- thèse principale pour le doctorat d’Etat présentée à Sorbonne, 1981. Les karijites sont contre le luxe, le tabac, les jeux du hasard cette tendance puritaine a vu le jour au Maghreb et particulièrement au Mzab à la frange du Sahara en Algérie