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L’empire du Mali

DIALLO Boubacar Séga
(FLASH-Université de Bamako)


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IV- Société Etat et pouvoir dans l’empire du Mali

A- La société

Comme au Wagadu, la société au Mali était hiérarchisée [1].

Il y avait au sommet de la pyramide sociale les horon c’est-à-dire les nobles. Il y avait les nobles de sang royal, le souverain et sa famille, les autres nobles, les mori kanda loolu (Sisé, Diané, Bereté, Kuma, Turé) d’origine soninké.

Ils étaient les marabouts des Mandenka ensuite venaient les Nymakala endogames qui pratiquaient de nombreux métiers de l’artisanat. La classe des Nyamakala est elle aussi dominée par les Jeli maîtres de la parole, parmi eux les plus importants étaient rattachés à la famille royale, dépositaires de l’histoire du Mandé ils jouissaient d’un grand prestige [2]. Les femmes Jeli accompagnent les femmes nobles dans les cérémonies. Il y avait ensuite la classe des forgerons, maîtres de la fonte et de la forge, ils étaient les chefs des principales sociétés d’initiation comme le Komo, le Korè. Leurs femmes comme encore aujourd’hui fabriquent des poteries. Venaient ensuite les Garankè cordonniers et les Funé. Au bas de l’échelle sociale, il y avait les esclaves. La traite abolie par Sunjata a continué surtout après sa mort. Il y’avait aussi des esclaves de case et des serfs, ces derniers travaillaient les terres pour le compte des empereurs du Mali.

B- Etat et pouvoir au Mali

Le système étatique du Mali n’était pas très différent de celui du Wagadu dont il a gardé de nombreuses structures.

  • L’Etat du Mali : le territoire du Mali à son apogée couvrait plus d’un million de km2 car il avait englobé non seulement l’ancien Wagadu, mais conquis de nouvelles provinces, au Nord surtout et au Sud.

La province mère était le Mandé où il y’avait l’une des capitales de l’Empire Nyani fouillée en 1966 par une équipe archéologique polono-guinénne. Cette ville qui datait du 6ème siècle avait connu une grande prospérité au 14ème et 15ème siècles.

Trois secteurs ont été repérés, un centre économique principal, le quartier royal fortifié et le village. Dans les environs, quelques villages formant un complexe d’habitat suburbain ont été également identifiés [3]. De Nyani la capitale, ministre empereur assisté par de nombreux ministres dirigeait le pays. Il y avait des gouverneurs nommés par les Mansa, les royaumes vassaux comme dans l’empire du Wagadu. Les Mali Mansa avaient gardé tous les anciens souverains qui leur avaient fait acte d’allégeance.

Ces monarques organisaient leur pays comme ils l’entendaient mais ils payaient tribut aux empereurs et envoyaient des troupes en cas de guerre.

Les princes héritiers de ces Etats résidaient dans la capitale du Mali pour enlever à leur parent toute idée de révolte. Ces royaumes étaient le Songhay, le royaume du Wagadu, de Jaara, le royaume du Jolof, il y avait enfin les provinces du littoral : Gambie, Casamance.

L’empire du Mali était un Etat très décentralisé comme le Wagadu, ce qui présentait des avantages mais aussi des inconvénients dont le pouvoir souffrit.

  • Le pouvoir

Le Mali Mansa comme le Kayamaga avait deux types de pouvoir : le pouvoir spirituel et le pouvoir politique.

    • Le pouvoir spirituel

Le pouvoir pour les Mandenka était d’essence divine, nul n’avait le droit de le contester. Pour parler de règne, on emploie le mot Tilé c’est-à-dire le soleil. Sunjata le premier roi du Mandé n’était pas un homme ordinaire de part ses origines, ses connaissances ésotériques.

Il était le Simbo, le grand maître chasseur, roi de la brousse, détenteur de pouvoirs magico-religieux. Chef de l’association des chasseurs, il est associé à tous les grands cultes du pays. Comme au Wagadu, le roi est responsable de la prospérité du pays sous un bon roi, les pluies doivent être abondantes car le Mansa connaît « les mécanismes magiques » qui font pleuvoir et qui éloignent du pays des calamités (famines et épidémies).

Baramandana, l’un des premiers souverains du Mali se serait converti à l’islam après une longue sécheresse, la pluie vint [4]. Les Mansa dont la succession est patrilinéaire étaient sacrés. Ceux d’entre eux qui prirent le pouvoir par des voies peu normales, s’étaient repentis, c’est le cas de l’esclave affranchi Sakura qui fit le pèlerinage à la Mecque, peut-être aussi de Kanku Musa.

    • Le pouvoir politique

Comme noté plus haut, le Mansa avait de nombreux ministres parmi lesquels comme du Wagadu, il y avait des arabo-berbères instruits. L’Etat était laïc, musulmans et adeptes de la religion traditionnelle se côtoyaient. Il y avait de nombreuses mosquées, d’écoles coraniques surtout sous Kanku Musa.

Les audiences de l’empereur décrites par Ibn Battuta étaient très solennelles tout en ayant un caractère oriental elles avaient un cachet Manding.

Le pouvoir du Mali Masa était souple, l’empereur qui était assisté d’un vice-empereur exerçait avec facilité le pouvoir. La monarchie au Mali n’était pas absolue à Kurukanfuga toutes les libertés avaient été reconnues.

    • Le pouvoir judiciaire

Il y avait deux types de justice, la justice réservée à la population de religion traditionnelle et celle des musulmans.

Dans tout les cas, la justice était bien rendue. Ibn Battuta notait : « De tous les peuples, les nègres sont ceux qui abhorrent le plus l’injustice, le Sultan ne pardonne jamais à celui qui serait coupable d’une injustice » [5].

Le même auteur poursuit que le voyageur ne craignait ni voleurs, ni brigands que les biens d’un Nord africain qui meurt, grande soit la fortune, sont remis à un homme de confiance jusqu’à ce que les personnes ayant des droits sur ces biens se présentent [6].

L’impôt comme dans l’empire de Kayamaga était perçu par les gouverneurs, les chefs de provinces et était versé au trésor royal. Produits d’importation ou d’exportation payaient des impôts plus ou moins lourds selon les besoins de la population et du trésor impérial.

Des impôts spéciaux étaient prélevés en nature surtout lors des grandes occasions, comme le pèlerinage de Kanku Musa par exemple.

Les marchands des grandes villes comme Nyani, Gao, Tombouctou s’acquittaient facilement de leurs impôts [7]

Quant à l’armée placée sous le haut commandement de l’empereur, elle comprenait deux corps : l’armée du Nord et l’armée du Sud. Les premiers éléments des horon, seuls capables selon les Mandenka de défendre la collectivité. Ce sont les Tontajon ou porteurs de l’équipement militaire au nombre de 16 clans de familles de paysans libres [8]. Ils constituaient l’infanterie.

L’élite de l’armée semble avoir été la cavalerie, les Mandenka très tôt à l’instar des Soninko se sont intéressés aux chevaux qui se vendaient très cher dans leur pays [9]. Aidés par les kagoro, maîtres du cheval de la guerre, les Mandenka ont monté une cavalerie puissante qui leur a permis de conquérir de vastes territoires.

L’armée malienne composée de guerriers, formés physiquement, moralement par les associations de chasseurs et les sociétés d’initiation comptait selon Al-Umari au temps de Kanku Musa 100 fantassins et 10 000 cavaliers [10].


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[1] Certains auteurs pensent qu’il y avait plus de mobilité dans la société Mandingue que dans la société soninké. Selon eux des forgerons comme Sumaworo Kanté et son neveu Fakoli Dumbya qui s’était rallié à Sunjata ont épousé des femmes nobles ce qui était inadmissible dans la société soninké.

[2] L’un des Jeli les plus connu fut Balla Faségé Kuyaté. L’un des plus grands belintigui du Mandé fut Kela Bala mort il y a quelques années.

[3] Wladislaw Fillpowiak, Stanislaw. Javnosz Ryszard Wolagiewiez recherches archéologiques polono-guinénnes à Niani 1966 PP644- 645. Des traces de destructions ont été aussi relevées et ont fait penser à la prise de Niani par les Songhay et au sac de la ville par les bamanan plus tard.

[4] J M Cuoq, Histoire de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest des origines à la fin du XVIème siècle, 1984, Op. Cit. p.45.

[5] Ibn Battuta affirme avoir visité le Mali.

[6] Basil Davidson, Op. Cit. pp. 82-83.

[7] La ville de jenné s’acquittait souvent en retard de ses impôts.

[8] Drissa Diakité, Le Mansaya et la société mandingue, essai d’interprétation des luttes socio-politiques qui ont donné naissance à l’empire du Mali, Thèse de 3ème cycle Université de Paris I, Panthéon Sorbonne 1980 Op. Cit. p 214.

[9] Raymond Mauny : Tableau géographique de l’Afrique Occidentale au Moyen Age , Mémoire de l’IFAN N° 61, 1961 Op. Cit P 285. Ibn Battuta notait : un cheval valait 100 ducats . Dans le Sud plus humide, les chevaux survivent difficilement car ne sont trypanotolérants.

[10] Mamadou SARR, op cit p 92.


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Dernière mise à jour du site : 28 septembre 2007
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