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L’empire du Mali

DIALLO Boubacar Séga
(FLASH-Université de Bamako)


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III - L’économie dans l’empire du Mali

Comme dans l’empire du Wagadu, l’essentiel de la vie économique reposait sur l’agriculture. Les Mandéka étaient avant tout des cultivateurs, leur pays le Mandé bien arrosé possédant de nombreuses terres fertiles se prête bien à cette activité. La cueillette, l’élevage, la pêche, la chasse et l’exploitation minière étaient pratiquées.

1- Les productions agricoles

L’empire du Mali qui couvrait plusieurs zones agro-écologiques, le Sahara, le Sahel, le Soudan et touchait à la zone forestière avait des productions agricoles très variées [1].

Le matériel et les techniques agricoles n’étaient différents de ceux d’aujourd’hui [2].

Les cultures les plus répandues étaient les céréales, le mil, dont des restes ont été découvertes dans les fouilles archéologiques de Niani, le riz, le fonio, etc.

Le coton, une des grandes spécialités du Mali était aussi cultivé.

2- L’élevage et ses productions [3]

L’élevage était surtout pratiqué dans les zones sahélienne et saharienne. Dans les régions sud il n’y avait que quelques bovins trypanotolérants, des ovins et des caprins. Les Mandéka comme les Soninko ont élevé des ânes mais aussi des chevaux. L’élevage du cheval était une activité de prestige, seul les nobles et les riches pouvaient s’acheter des chevaux, les « donfen » étaient réservés à l’aristocratie.

Au nord de nombreux chameaux étaient élevés pour le transport du sel depuis les salines du nord vers le su et pour le commerce transsaharien très demandeur de chameaux. Les Mandéka pratiquaient aussi la pêche. Le Joliba est un fleuve très poissonneux.

L’une des activités très prisées des Mandenka était la chasse. Les associations de chasseurs (les Donso Tons) couvraient le Mali. Le pays était très giboyeux ; on y rencontrait de grands mammifères comme l’éléphant, l’hippopotame. Les chansons donso relatent encore aujourd’hui les hauts faits des donso.

3- L’exploitation minière

L’or et le sel comme dans l’empire du Wagadu était les deux produits miniers les plus recherchés. Mais le cuivre aussi était exploité à Takkeda, à Sirakoro près de Nioro. Comme l’or et le sel, il a servi aussi de monnaie et l’empire importait aussi du cuivre.

Les techniques d’extraction de l’or et du sel n’étaient pas très différentes de celles d’aujourd’hui.

Mais l’extraction de l’or dans le Buré, le Banbuk, le Jabé était entourée de mystères, jamais des étrangers des arabo-berbères n’ont été conduits dans ces mines.

Les circuits de production de commercialisation étaient strictement surveillés par les Mali-Mansa.

Quant au sel son exploitation était entre les mains des Kel Tamachek qui employaient de nombreux ouvriers libres ou esclaves. Une partie du sel venait de Tichitt mais aussi d’Idjil.

4- L’artisanat

Comme dans l’empire du Wagadu, l’artisanat était pratiqué par des groupes spécialisés non nobles : forgerons, (dont les femmes sont potières), les bijoutiers, les cordonniers, les saké travailleurs du bois. Le travail du fer semble avoir occupé une grande place dans l’empire guerrier du Mali. Le Mandé est encore couvert de nombreux anciens hauts fourneaux qui malheureusement n’ont été que très peu étudiés. La végétation aux abords de ces anciens ateliers métallurgiques porte les stigmates d’une grande exploitation qui a été sans doute intensive.

Sur le site de Niani, l’équipe guinéo-polonaise d’archéologie a mis à jour en 1966 de la céramique de bonne qualité.

Quant au cuir, il était travaillé par les cordonniers, qui fabriquaient chaussures, selles, ornements pour chevaux.

5- Le commerce

L’une des grandes activités de l’empire du Mali fut le commerce source de la grande prospérité des Mansa du Mali

  • Le commerce intérieur

Il portait surtout sur les produits de l’agriculture de la cueillette de l’élevage, de la pêche et de la chasse et de l’artisanat. Comme aujourd’hui le sud produisait des biens alimentaires qui étaient échangés contre le sel, les animaux, les produits de l’élevage, de la métallurgie.

Le poisson séché ou fumé était une denrée qui circulait beaucoup vers le sahel mais aussi vers le sud. Cette production du delta intérieur du Niger semble avoir été très prisée. Les tissus de cotonnades blancs ou teints à l’indigo, les couvertures dites de Ségou les Kassa étaient très bien appréciées. D’ailleurs les cotonnades ont servit de monnaie tout comme le fer, le cuivre, l’or, les cauris venus de l’Océan Indien [4].

Il faut dire que l’or sauf dans les régions minières était très peu utilisé dans les transactions locales. Il était surtout la chose des Mansa et des riches marchants Mandenka ou arabo- erbères.

Grâce à la sécurité sur les routes, les produits circulaient librement. L’une des voies commerciales importantes de l’empire du Mali a été le fleuve Niger. Le transport était assuré par des groupes spécialisés qui avaient une importante batellerie. Au 19ème siècle l’explorateur français Réné Caillé (1799 - 1838) qui visita le Soudan, raconte avoir vu sur le Niger des bateaux de 20 mètres de long, pouvant transporter 20 tonnes de marchandises [5].

En dehors de l’or, l’empire du Mali exportait vers le bassin méditerranéen de l’ivoire abondant (du 13ème au 14ème siècle dans la zone soudanienne [6], mais importé aussi des régions sud d’où venait également la cola).

Les plumes d’autruches, les produits de l’artisanat comme les cotonnades, les esclaves [7] ont été aussi expédiés vers le nord.

Du nord en plus du sel arrivaient les produits manufacturés : étoffes, bijoux, armes, armures, cauris, cuivre, céramique de qualité, livres. Il s’agissait des produits de luxe ou de denrées de luxe destinés à une clientèle aisée.

Les routes commerciales étaient les mêmes, mais les routes qui partaient de la Tripolitaine et de l’Egypte devenaient plus actives.

La sécurité sous les grands monarques comme Kanku Musa était assurée par une armée bien organisée.

Les routes du Sud en direction des zones forestières étaient jalonnées par de nombreux villages de marchands.


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[1] Nous avons traité des produits de cueillette et de l’agriculture dan notre texte sur le Wagadu, voir le Wagadu Ghana, page 13 et suivantes.

[2] L’instrument aratoire par excellence était la daba et les paysans pratiquaient surtout l’agriculture itinérante sur brûlis.

[3] Voir là aussi, l’empire du Wagadu

[4] DIALLO Boubacar Séga, Les cauris des grands empires aux premiers contacts avec les Européens, Regards Croisés France - Mali 2002

[5] Mamadou SARR : l’Empire du Mali 1992, page 86.].

  • Le commerce international

C’est surtout le commerce transsaharien pratiqué par l’empire du Wagadu que le Mali a continué et intensifié. Cette activité tournait essentiellement autour du sel et de l’or. Mais mieux que le Wagadu, le Mali qui contrôlait les salines et les provinces aurifères a organisé et profité au maximum des retombées bénéfiques de ce commerce.

C’est ainsi qu’Ibn Khaldun notait vers 1400 que les caravanes à travers le Sahara par les routes des montagnes du Hoggar ne comptaient pas moins de 12 000 chameaux par an et ce n’était qu’une de la demi douzaine de routes couramment usitées [[Basil Davidson : l’Afrique avant les blancs découverte du passé oublié de l’Afrique 1962, page 91.

[6] Jusqu’au 19ème siècle il y avait d’importants troupeaux d’éléphants dans la région de Sikasso, mais aussi au nord, au Kaarta et au Guidimaka.

[7] Jamais malgré son interdiction par Sunjata, l’esclavage n’a cessé au Mali. Le traditionniste Wa KAMISSOKO, parlait du petit chemin de la trahison voie par laquelle les Mandenka faisaient passer les esclaves, parfois leurs frères.


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Dernière mise à jour du site : 28 septembre 2007
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