

Les monuments mégalithiques s’étalent dans le temps sur plus d’un millénaire et demi : 2 126 ± 110 ans BP (Dak-167) et 430 ± 130 ans BP (Ly-1657) soit respectivement après calibration : [cal BC 214 - 40, cal BP 2 163 - 1 989] et [cal AD 1 404 - 1 533, cal BP 546 - 417].
La céramique compte assez de pièces entières. De minuscules poteries au fond perforé intentionnellement d’un trou et trouvées l’ouverture vers le bas sont assez nombreuses dans la série. La pâte est blanche, fine, poreuse et à dégraissant de chamotte, de calcaire, de végétaux ou, dans certains cas, en mixte. Le décor consiste essentiellement en impressions à la cordelette, en impressions digitées, en incisions cannelées, en stries, en nœuds roulés, au peigne fileté simple et exceptionnellement en incrustation [1].
A Kodian et Tièkène-Boussoura (sites centraux) et à Sine-Ngayène (site occidental), le décor à la cordelette apparaît mieux représenté que le décor strié et de nœuds roulés. Trois nouveaux types de décor font leur apparition : celui dit du « motif 5 », en « sabot » et en « grains de maïs » à Sine Ngayène et pour les deux derniers abondamment à Saré-Diouldé (site oriental). L’engobage est attesté dans tous les sites fouillés mais, du fait de l’érosion ou de la petitesse de la surface décorée, il a été difficile d’apprécier d’éventuelles variations de fréquence
Enfin, il convient de préciser que les caractéristiques intrinsèques de la poterie de cette aire restent encore mal connues [2].
La province archéologique des tumulus n’a fait l’objet que de peu de fouilles : JOIRE et DUCHEMIN : 1941-42 : Rao, THILMANS et DESCAMPS : 1971 : Ndalane.
De même, la « chronologie est encore assez mal connue » (BOCOUM 1993 : 28) ; la série ne comportant que quelques dates : 1157 ± 119 ans BP (Dak-107) soit [cal AD 772 - 995, cal BP 1 178 - 955] : Ndalane et 751 ± 100 ans BP (Dak-162) soit en valeur calibrée : [cal AD 1 180 - 1 310, cal BP 770 - 640] : Massar (Secteur de Rao).
Ces lacunes influent nécessairement sur l’information qu’on est en droit d’attendre de la culture matérielle ; la céramique en particulier. Cependant, la zone a livré récemment des milliers de tessons de poterie en menus morceaux (Prospections de S K. Mc INTOSH et R. J. Mc INTOSH : 1993 : 99)
À l’étude, il est apparu que les catégories céramiques identifiées ne sont pas homogènes. Il existe une division entre la production des tumulus du Nord (Rao/Dahra) datée de 900 - 1000 après J.-C. et celle des tumulus du Sud (Mbacké/Nioro du Rip) qui est plus ancienne : 700-1000 après JC.
D’une manière générale, deux types sont reconnus : une céramique plus ou moins récente provenant des villages désertés ou « Gent » et une céramique ancienne. La céramique récente comprend en abondance des bords simples et biseautés ayant appartenu à des poteries globulaires à ouverture fermée. En effet, 65 % et 73 % des tessons ne portent pas un décor respectivement dans le secteur de Rao et de Mbacké.
La céramique ancienne est dominée surtout par des bords simples tant ouverts que fermés au décor excisé. Les impressions sont localisées sur la panse des vases. D’autres styles décoratifs sont signalés. Ce sont : les impressions de coquilles de tympanotonus, les points incisés sous les cols en chanfrein, droits ou retournés (Rao), les chevrons, les ponctuations, les cannelures, les impressions à la roulette sur deux chevrons (Mbacké). De même, les dégraissants organiques, sableux... sont reconnus.
La céramique des sites du Saloum est assez bien connue. Il semble que les tessons de poterie récoltés appartiennent à des « familles céramiques » différentes. Il existe « la famille de Dioron- Boumak, de Dionewar et de Faboura » (THILMANS 1997 : 13).
La mieux représentée de ces familles est celle dite de Dioron-Bounak dont la totalité de l’amas est d’âge protohistorique : 1580 ± 80 ans BP (MC-581) soit après calibration : [cal AD 405 - 564, cal BP 1 545 - 1 386]. Une vingtaine des amas de ce groupe est surmontée de tumulus, monticules de coquilles renfermant des inhumations.
Les défunts étaient déposés avec leurs équipements : armes, objets de parure, poteries... Les cadavres d’enfants étaient accompagnés de minuscules poteries. Notons que les poteries utilitaires sont d’une exécution moins soignée que les poteries funéraires. Celles-ci se subdivisent en deux groupes.
Le premier est constitué par des poteries ovoïdes ou sphéroïdes à ouverture peu large. Le couvercle est supporté par une « embase », console en porte-à-faux, sur laquelle il repose. Le décor est moins fréquent.
Le second groupe, le plus caractéristique, est constitué de poteries dont l’épaule (partie bombée entourant l’ouverture) se poursuit directement dans le fond arrondi. Il n’existe donc pas de panse. La largeur maximale occupe une position très haute. L’ouverture est large et le col est court. Le couvercle est de forme très particulière, sa portion centrale étant déprimée. Ces pièces sont recouvertes d’un engobe rouge lissé (planche VII).
Quant à la « famille céramique » de Dionewar, une datation radiocarbone a donné : 1 555± 80 ans BP soit [cal AD 803 - 975, cal BP 1 147 - 975] après calibration. Les amas sont également surmontés de tumulus mais ils ne renferment qu’une seule inhumation non accompagnée de poteries funéraires (THILMANS 1997 : 13).
Enfin, la « famille de Faboura », dont neuf datations 14 C situent les vestiges de présence humaine de : 1940 ± 80 ans BP (MC-1390) à 1360 ± 80 ans BP (MC-1382) soit respectivement après calibration : de [cal AD 427 - 598, cal BP 1 523 - 1 352] à [cal AD 615 - 723, cal BP 1 335 - 1 227]. Ce groupe n’édifiait pas de tumulus. Les défunts étaient inhumés dans l’amas lui- même avec des poteries.
Les dégraissants de la production de cette série consistent essentiellement en chamotte et en coquillages pilés. De même, les impressions de coquilles de tympanotonus et à la cordelette prédominent.
[1] L’incrustation est une technique consistant à remplir, après cuisson, les impressions avec un enduit généralement blanchâtre ou rose, afin d’obtenir un effet de couleur. Elle est signalée en faible profondeur à Saré-Diouldé et Ogo.
[2] « Malgré les références faites à une « céramique mégalithique », il est difficile de dire si ce concept recouvre un ensemble réellement homogène. Les profits publiés en 1974 et 1980 parlent plutôt en faveur d’une certaine hétérogénéité » (A. Gallay et al. 1982 : 221).