

En l’état actuel des recherches, il est possible d’examiner la production céramique archéologique attribuable à la période protohistorique suivant les quatre provinces retenues [1] : les sites du fleuve Sénégal, les monuments mégalithiques, les tumulus et les amas coquilliers.
L’étude de la céramique des sites du fleuve Sénégal, notamment celle de Thioubalel dans l’île à Morphil (planche II : 1, 2, 3 : Tessons « signés ») et de Sinthiou-Bara dans le Diéri (planche III : 1 et 2, planche VI : 5) a montré une séquence chronologique ininterrompue qui couvre l’ensemble du premier millénaire et le début du second après J.C. (BOCOUM et al.1999 : 11). Plusieurs phases principales sont reconnues :
Par ailleurs, les dégraissants de la céramique consistent en chamotte « [2], en gravillons latéritiques, en sable, et en mica et ceux reconnus dans les autres provinces.
De même, les décors les plus représentatifs ont été identifiés ailleurs. Ce sont : les impressions de « motif 5 » [3], en « sabot » [4], en « grains de maïs » [5] (planche IV : 1, 2, 6), les incisions cannelées ou cannelures [6] (planche V : 1, 2 et planche VI : 1, 2, 3, 4) (THILMANS : 1983 : 104), les impressions de coquilles de tympanotonus [7], le poinçonnage [8], les rainures (planche IV : 3), les impressions digitées [9] (planche IV : 4), les cordons rapportés [10], les impressions ondées [11], le décor impressionné à la roulette, le décor mixte [12], les décors en relief [13] (planche IV : 5).
Ces éléments remplissent souvent une fonction esthétique. Dans certains cas, ils semblent indiquer le degré de raffinement d’une production.
[1] « Il est certain que cette classification est destinée à évoluer. Elle aura à s’étendre (nombre de sites protohistoriques n’y entrant pas, ceux de la presqu’île du Cap-Vert par exemple), à se diversifier (les sites du Fleuve ou ceux des amas coquilliers étant certainement le fait de plusieurs ethnies) et à perdre de sa rigidité (une ethnie pouvant avoir édifié des amas coquilliers tandis qu’une partie d’entre elle vivait sur le continent » in THILMANS, 1993 : 37.
[2] Dégraissant minéral d’un type particulier. Il se compose d’une terre déjà cuite et broyée, ce qui donne à ce matériau la propriété d’abaisser notablement le taux de retrait au séchage et à la cuisson. La terre additionnée de chamotte est dite « terre chamottée » (J.M.Petit 1971 : 77).
[3] « Ce décor impressionné est dû au roulement d’un objet, probablement d’origine végétale. Il consiste en rangées successives de cinq petits mamelons séparés par des colonnettes segmentées » (G. Thilmans et al. 1980 : 39).
[4] « Il s’agit en fait d’une sorte de peigne fileté constitué d’un axe autour duquel sont enroulées des cordelettes disposées selon un réseau losangique dont chaque maille est constituée de deux nœuds serrés l’un contre l’autre. En cas pression peu appuyée de l’artisan, ou à cause d’un lissage ultérieur, il est fréquent que seule apparaisse l’empreinte des deux nœuds roulés et celle d’un très court segment des cordelettes, l’ensemble prenant la forme de dépressions rectangulaires que prolongent deux petites cornes. Dans certains cas toutefois, la totalité du réseau est visible en contre - empreinte » (G. Thilmans, A. Ravisé 1983 : 102).
[5] Le type d’impression en grains de maïs « est obtenu au moyen d’une tresse de fibres végétales, et est encore en usage de nos jours sur le fleuve. D’après la largeur des fibres (4 à 10 mm), et le serrage de la tresse, les dimensions des grains peuvent varier considérablement. Leur degré de saillie dépend de la pression exercée par l’artisan et est également très variable. Ajoutons qu’après d’autres chercheurs, nous n’avons utilisé l’expression en grains de maïs qu’à titre d’image. Ce décor n’a rien à voir avec les impressions dues au moulage d’un épi de maïs égrené. Les contre - empreintes montrent d’ailleurs nettement, au niveau des espaces entre les grains, les rebroussements des fibres végétales tressées » (G. Thilmans, A. Ravisé 1983 : 102).
[6] « Elles permettent d’obtenir des motifs linéaires suivant deux procédés : l’application d’un instrument pointu sur la pâte avant cuisson donne une entaille avec un profil en V, tandis qu’une pointe mousse donne un profil en U, c’est l’incision cannelée » (H. Bocoum 2000 : 85). Les cannelures sont représentées par des motifs divers : « chevrons, croix de Saint-André, losanges pouvant enfermer une petite dépression circulaire ou d’autres losanges) cadre en forme d’ovale allongé enfermant une ou plusieurs cannelures linéaires, cadres en forme de chevrons... » (G. Thilmans, A. Ravisé 1983 : 104).
[7] Ce décor est présent sur plusieurs sites du Bas-Sénégal jusqu’à Ndioum en amont ... , dans les amas coquilliers...L’instrument d’exécution (tympanotonus) est un petit unicellulaire ayant de longues pointes que l’on imprime sur la pâte molle.
[8] Il s’exécute avec un « instrument à pointe qui laisse dans la pâte un trou dont les caractéristiques dépendent de plusieurs facteurs parmi lesquels : l’angle d’attaque (droit ou incliné), la pression exercée et la forme de la pointe (HOLL 1983 : 108).
[9] « Il s’agit de l’empreinte laissée par l’enfoncement des doigts de la main sur une poterie encore molle » (H.Bocoum 2000 : 87)
[10] Il s’agit d’un « motif en relief constitué d’une bande parallèle au plan de l’ouverture » (H.Bocoum 2000 : 87).
[11] « C’est un décor obtenu à l’aide d’un peigne à plusieurs dents » (H. Bocoum 2000 : 87).
[12] C’est l’association d’un ou de plusieurs motifs sur un seul tesson. Plusieurs combinaisons sont possibles : incisions parallèles / décor en sabot (H.Bocoum 2000 : 87).
[13] « Les boutons, mamelons, tétons sont synonymes » (M.R.Séronie-Vivien 1982 : 14). Le « bouton de préhension est une protubérance à base circulaire ou ovale. La hauteur (ou relief) du bouton est généralement égale ou supérieure à son rayon, sinon on a affaire à une pastille » tandis que l’oreille est un morceau de pâte accolé à un vase. Sa hauteur est supérieure à sa largeur et elle est supérieure, ou au moins égale, à la moitié de sa longueur » (M.R. Séronie-Vivien 1982 : 14-15).