

Quand les savants grecs s’étaient mis aux études africaines, c’est par le terme Ethiopien (Aithiopes en grec ) qu’ils désignaient les populations noires de l’Afrique. [1]
Selon ces mêmes savants grecs, les Ethiopiens sont les seuls vrais autochtones. « En effet, que les Ethiopiens ne sont pas venus de l’extérieur et que, originaires du pays, ils méritent leur nom d’autochtones, cela est presque universellement admis » [2].
Très tôt dans l’histoire, ils ont initié de grands mouvements migratoires. Aussi, existait-il dans l’antiquité des communautés d’Ethiopiens tout le long de la haute et moyenne vallée du Nil. Ils constituaient l’essentiel de la population des régions situées à l’Ouest des terres que le Nil inondait pendant ses crues. Ces régions constituaient la Libye au sens stricto sensu. Au sens large, le terme Libye désignait tout le continent africain. Les sources grecques classiques signalent la présence, durant l’antiquité, de populations éthiopiennes en Asie [3].
STRABON ajoute que tous les pays du Midi s’étendant vers l’océan s’appelaient Ethiopie. [4] et que l’Ethiopie se situait dans l’alignement de l’Egypte à laquelle elle ressemble de par la présence du Nil et la nature des lieux [5]. Parlant de Io (fille d’Inachos qui a séduit Zeus qui la transforma en génisse), ESCHYLE écrit « Tu arriveras à une terre lointaine, chez un peuple noir qui habite les fontaines du soleil, là où coule le fleuve d’Ethiopie. Longeant ses rives, tu atteindras la descente, région où, des monts byblins, le Nil fait jaillir ses eaux vénérables et douces » [6].
Au cours de leurs migrations, les Ethiopiens ont peuplé l’Egypte (l’ensemble des terres nilotiques et subnilotiques situées au Nord de la première cataracte), l’Afrique soudano-sahélienne et saharo-maghrébine.
« Les Ethiopiens disent que les Egyptiens n’étaient qu’une de leurs colonies qui fut conduite en Egypte par le dieu Osiris » [7]. « Des Ethiopiens envahirent la Libye [Soudan-Sahel et les régions saharo-maghrébines] jusqu’à Dyris Atlas]. Une partie alla jusqu’à la côte alors que la plus grande partie resta en arrière » [8].
Ce processus d’ethno-genèse et de migrations remonte à la préhistoire. En effet,
« Il y a plus de 150.000 ans, des hommes morphologiquement identiques à l’homme actuel vivaient dans la région des Grands Lacs aux sources même du Nil, à l’exclusion de toute autre région du monde...Cela veut dire que l’humanité entière a pris naissance, conformément à l’intuition des Anciens au pied même des Monts de la lune [il s’agit du RWENZORI] » selon TYRTANOS dit Théophraste (-372 à -287 [9]) ... c’est de cet endroit que les hommes sont partis pour peupler le reste du monde. Il en résulte [que] deux voies [de migrations] seulement s’offraient à cette humanité pour peupler les autres continents, le Sahara et la vallée du Nil » [10].
[1] HOMERE, Iliade, I, 423-425 ; XXIII, 205-207 ; Odyssée, I, 22-26 ; IV, 84-89 ; MVENG E., Les sources grecques de l’histoire négro-africaine depuis Homère jusqu’à Strabon, Paris, Présence africaine, 1972 ; SNOWDEN F.M., Blacks in antiquity. Ethiopians in the greco-roman experience, Cambridge-Mass, Harvard University Press, 1970 ; DIHLE A., Umstritten Daten, 1965
[2] DIODORE de SICILE, Bibliothèque historique, Livre III, chapitre 2, paragraphe 1
[3] HERODOTE, VII, 69-70 ).
Leur pays d’origine était resté une terre mythique. Le seul accord est qu’il était un pays du Midi, c’est-à-dire qu’il était situé dans le Sud lointain et c’est là que se trouvaient les sources du Nil. Pour HERODOTE, « Du côté où le soleil décline de sa position méridienne, s’étend, vers le couchant, l’Ethiopie, dernière terre habitée du côté du midi » [[<4> HERODOTE, III, 114
[4] STRABON, Géographie, Livre I, chapitre 2, paragraphe 27
[5] Ibidem, I, 2,25
[6] ESCHYLE, Prométhée enchaîné, vers 808-812
[7] DIODORE, III, 3,1
[8] STRABON, I, 2, 26
[9] BONNEAU D., La crue du Nil.... , p. 204, note 5
[10] DIOP C. A. « Origines des anciens Egyptiens », in, MOKHTAR G. (dir.), Histoire Générale de l’Afrique, II, 1980, p : 39-40