

Guy Raoul THILMANS est né le 30 août 1922 à Louvain, où son père exerçait la profession de médecin. A la fin de ses études secondaires, effectuées au Collège Sainte-Trinité, éclate la seconde Guerre Mondiale.
Trop jeune pour être incorporé dans l’armée belge (il a alors 17 ans), il franchit clandestinement la frontière française et, prétextant la perte de ses pièces d’identité, il se vieillit de deux ans, ce qui lui permet de s’engager comme volontaire étranger dans l’armée française. Fait prisonnier, il est incarcéré pendant six mois à Bordeaux, dans le fort du Ha, avant d’être libéré en tant que citoyen belge.
En 1944, après le débarquement des forces alliées, il rejoint les troupes anglaises et les accompagne dans leur progression qui conduit à la Libération, ayant en charge l’aménagement de camps pour les prisonniers allemands.
Après la guerre, Guy Thilmans exerce différentes professions paramédicales, en particulier à l’Eco le Vétérinaire d’Anderlecht, et plus tard au Sanatorium de Waterloo, tout en poursuivant des études universitaires. D’abord à Louvain, sa ville natale, où se trouve la plus ancienne université de Belgique. Il y passe une candidature en biologie en 1953, puis s’inscrit à l’université d’Etat de Liège où il passe une licence de zoologie en 1957 et présente, comme travail terminal, l’étude d’une série de crânes de l’Uelele (Congo belge) conservés au Musée de Tervueren.
C’est de nouveau à Louvain qu’il parfait sa formation en suivant des cours d’anatomie et en préparant un doctorat dans le laboratoire du professeur Twisselmann. Il soutient en1962 une thèse de doctorat sur les Pygmées Bambuti du Haut-Ituri (Congo ex-belge), travail qu’a dirigé le professeur Vandenbroeck, un célèbre primatologue. Il a parcouru l’Europe pour étudier tout le matériel craniologique et ostéologique disponible et a mis en œuvre les tests statistiques les plus performants, utilisant pour ce faire un ordinateur de première génération. Il peut ainsi démontrer que ces Pygmées, comme d’ailleurs tous ceux d’Afrique tropicale, ne constituent pas une "race" particulière, mais sont des Bantous dont une mutation, favorisée par la pression sélective du milieu forestier, a réduit la taille sans modifier les proportions corporelles.
Cette thèse, révolutionnaire, va être confortée dans les décennies suivantes par la génétique moléculaire. Elle atteste que l’anthropologie traditionnelle, anatomique et biométrique, n’est pas une science dépassée mais peut pleinement contribuer à la connaissance de l’Homme.
Lors de ses consultations d’archives, Guy Thilmans avait accumulé des informations inédites sur Saartje Baartman, une jeune Khoisan décédée à Paris le 1er janvier 1816 à l’âge de 26 ans, dont l’anatomie avait été étudiée par G. Cuvier : le moulage de son corps a longtemps été, sous l’appellation de Venus Hottentote, une des attractions du Musée de l’Homme à Paris. Il en tire la matière de sa thèse secondaire, dont le titre en forme d’interrogation est : La Vénus Hottentote est-elle Bochimane ?
Souhaitant poursuivre des recherches d’anthropologie africaine, et sachant que certaines populations de Sénégambie inhument leurs griots dans le tronc creux de gros baobabs, Guy Thilmans débarque à Dakar en juillet 1965, avec un programme de recherches bien défini. Il ne quittera plus le Sénégal et fera toute sa carrière à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN), d’abord comme boursier (1965-1966) puis comme coopérant belge (1966-1987) offrant un exemple unique de longévité dans son administration, où prévalent les projets de courte durée.
Atteint par la limite d’âge, il est embauché sur contrat local, renouvelé tant que ce sera possible (jusqu’en 1992) par l’Université de Dakar, qui ne veut pas se séparer d’un chercheur aussi actif. Il faut dire que Guy Thilmans ne va pas être seulement un anthropologue mais également un historien, un archéologue spécialisé en protohistoire et enfin un muséographe.