

On ne peut présenter les enjeux et les débats de la construction de l’histoire nationale sans évoquer les historiens et leurs œuvres historiques. On ne peut le faire non plus sans situer celles-ci et leurs auteurs dans leur cadre historique.
Dans cette historiographie qui devrait comporter à la fois tout ce qu’on a pu dire et écrire sur le passé du Niger, je me suis limité à ce qui a été écrit.
Ensuite, à l’intérieur de cette sphère, j’ai privilégié les regards intérieurs c’est-à-dire les versions et jugements formulés par les historiens nigériens sur le passé des sociétés nigériennes. Enfin, parmi ces derniers, je n’ai retenu que les universitaires, excluant les amateurs ou ceux qui n’ont pas reçu une formation académique formelle.
Ce texte offre un panorama de la discipline historique au Niger, ses composantes et sa spécificité, sa dynamique et ses mutations. Je me suis efforcé de présenter un état des lieux sans complaisance, à l’écart de tout palmarès, en vue d’apporter une lecture à la fois analytique et critique du travail des historiens nigériens.
I. LES HISTORIENS NIGERIENS ET LEURS ŒUVRES
1.1. LA PROFESSIONNALISATION DES ETUDES HISTORIQUES
Au Niger, comme dans les autres pays de l’Afrique de l’Ouest francophone, l’institutionnalisation et l’africanisation des études africaines n’ont jamais atteint le niveau de celles des régions anglophones qui ont bénéficié relativement tôt d’universités : l’université d’Ibadan est créée en 1948, celle de Legon au Ghana en 1949 et celle de Sierra-Léone en 1960.
Cela explique, sans doute, le nombre relativement réduit d’historiens universitaires en Afrique de l’Ouest francophone où la première université celle de Dakar a ouvert ses portes en 1957.
Au Niger, la première génération d’historiens a été formée dans les universités françaises entre le milieu des années 1960 et les années 1970. La deuxième génération est passée par les universités africaines (Ouagadougou et Niamey ) puis les universités françaises pour le niveau du troisième cycle. Le gros lot que constitue la troisième génération a été formée à l’université de Niamey jusqu’à la maîtrise puis en France, en Belgique, en Côte-d’ivoire, au Canada et au Nigéria pour le niveau doctoral.