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Historiographie

Sur les enjeux contemporains de l’histoire de l’Afrique

KIPRE Pierre
(ENS Abidjan)


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1. Faut-il parler de « l’histoire de l’Afrique » ou de « l’histoire africaine » ?

Au-delà des subtilités de langue, chacune de ces expressions peut renvoyer à des écritures variées et piégées de l’histoire de (et pour) notre continent longtemps considéré « sans histoire » autre que celle de ses rapports avec l’Occident. Les historiens africains se trouvent pris, pour la plupart, entre le « militantisme culturel » et le « militantisme scientifique ».

Pour notre part [1], nous faisons le choix de la science au service de l’Afrique, avec ses misères et ses grandeurs, malgré « la natte des autres ». Pourquoi ? Parce que :

  • l’évolution du « comment dire l’histoire en Afrique » (des formes et usages de la tradition orale par nos ancêtres à la maîtrise contemporaine des instruments et méthodes des sciences historiques aujourd’hui par les Africains) nous invite à faire œuvre d’historien professionnel au sens contemporain du terme ;

  • les mutations profondes de nos sociétés nous interpellent chaque jour à cause des nombreux défis qu’elles doivent relever, notamment celui de leur « présence dans le monde » (apports africains, rapports avec les autres, etc.) ; à cause aussi de la perte de sens de la longue durée dans les nouvelles générations qui connaissent mal l’histoire de leurs communautés ;

  • les nombreuses rencontres avec les autres « professionnels » de l’histoire dans un environnement mondialisé nous poussent à rendre compte, de l’intérieur, du passé africain, de ses réalisations comme de ses insuffisances dans la commune condition humaine ; sans romantisme ni angélisme.

2. Mais comment écrire l’histoire de l’Afrique ?

De nombreux travaux ont largement abordé la question pour que nous ayons la prétention d’y apporter grand-chose. Toutefois quelques remarques sur trois des questions sensibles ou encore discutées : les problématiques, les sources, la périodisation.

Sur la question des problématiques, malgré les options « idéologiques » inhérentes à notre discipline (science humaine qui, peu ou prou, se plie aux questionnements de son temps et de sa société), nous pensons qu’elle doit être la plus ouverte possible ; sans a priori [2], ni tabou [3].


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[1] Kipré P., 2003, « Historiographie et méthodologie de l’histoire africaine » in M. Turano et P. Vandepitte (éd.), Pour une histoire de l’Afrique - Douze parcours, Lecce, Argo, pp. 9-29. Voir aussi J. Ki-Zerbo (ed.), 1992, la Natte des autres, Paris/Dakar, Karthala/Codesria

[2] Par exemple les problèmes de peuplement tels qu’abordés par Cl-H. Perrot (éd), 2000, Lignages et territoire en Afrique aux XVIIIè et XIXè siècles. Stratégies, compétition, intégration, Paris, Karthala

[3] Voir par exemple Mémel-Fotè H. & Chauveau J-P., 1989, « L’identité baulé - Côte d’Ivoire », in Revue de la Bibliothèque nationale, 34, pp.33-40


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